Arrivée au pouvoir des carolingiens :
Au VIIIe siècle, les rois mérovingiens sont encore là… mais ils ne gouvernent plus vraiment. Le pouvoir a changé de mains. Depuis plusieurs générations, les maires du palais dirigent le royaume à la place des rois. Parmi eux, une famille se distingue : celle de Charles Martel. Chef de guerre redouté, Charles Martel consolide son autorité sur le royaume franc. Il gouverne sans jamais prendre le titre de roi, mais détient en réalité le pouvoir. Son fils, Pépin le Bref, va plus loin. Plutôt que de rester dans l’ombre, il décide de transformer le pouvoir de fait en pouvoir de droit. Avec l’appui du pape Zacharie, il fait déposer le dernier Mérovingien, Childéric III. En 751, il devient roi. Ce geste change tout : désormais, être roi ne dépend plus seulement du sang, mais aussi d’une reconnaissance religieuse. L’arrivée des Carolingiens n’est pas une révolution brutale, mais l’aboutissement d’un processus. En quelques générations, une famille de serviteurs du roi devient elle-même dynastie royale.
Pépin de Herstal : À la fin du VIIe siècle, il est l’homme qui fait basculer le pouvoir des rois mérovingiens vers les futurs Carolingiens. Né vers 635, Pépin de Herstal appartient à une grande famille aristocratique d’Austrasie, les Pippinides. Il hérite d’une position politique importante et devient maire du palais, c’est-à-dire le principal conseiller du roi mérovingien. Mais à cette époque, les maires du palais ne sont plus de simples conseillers : ils dirigent réellement le royaume. Le moment décisif de son parcours survient en 687, lors de la bataille de Tertry. Pépin y affronte les forces de Neustrie et remporte une victoire déterminante. Ce succès lui permet de s’imposer comme le maître du royaume franc. À partir de là, il cumule les fonctions et gouverne à la place des rois mérovingiens. Il contrôle l’Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne, unifiant de fait le pouvoir sous son autorité. Contrairement à ses successeurs, Pépin ne cherche pas à devenir roi. Il conserve les souverains mérovingiens sur le trône, mais ceux-ci n’exercent plus qu’un rôle symbolique. Son pouvoir repose sur un équilibre subtil, soutien de l’aristocratie, contrôle militaire et maintien des structures mérovingiennes. À sa mort en 714, la succession est fragile et contestée. Cette crise ouvre une période de troubles, dont son fils Charles Martel sortira vainqueur.
Charles Martel : Né vers 688 / mort en 741, est un maire du palais et chef militaire franc. Il est considéré comme le véritable fondateur de la puissance carolingienne. Fils de Pépin de Herstal, Charles hérite d’une position politique importante, mais doit lutter pour imposer son autorité face à ses rivaux. Il devient progressivement le maître du royaume franc, contrôlant les royaumes d’Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. Bien que les rois mérovingiens soient encore en place, il exerce la réalité du pouvoir. Sur le plan militaire, Charles Martel mène de nombreuses campagnes victorieuses. La bataille de Poitiers (732) contre une armée musulmane venue d’Espagne reste son fait d’armes le plus célèbre, même si son interprétation fait débat. Il renforce également son pouvoir en s’appuyant sur l’aristocratie et en développant un système de fidélité basé sur la distribution de terres. Charles Martel n’est pas roi, mais il en exerce les fonctions essentielles. Son action permet à la famille carolingienne de s’imposer durablement, ouvrant la voie au règne de son fils Pépin le Bref et, plus tard, à celui de Charlemagne.
Pépin le bref : Après Charles Martel, une question devient inévitable : pourquoi continuer à laisser les Mérovingiens sur le trône, alors qu’ils ne gouvernent plus ? C’est son fils, Pépin le Bref, qui va apporter une réponse décisive. Né vers 714, Pépin hérite à la mort de son père d’un pouvoir déjà immense. Comme lui, il devient maire du palais et dirige en réalité le royaume franc, tandis que le roi mérovingien, Childéric III, n’exerce qu’un rôle symbolique. Mais Pépin ne se contente pas de cette situation. Il veut transformer ce pouvoir de fait en pouvoir légitime. Pour cela, il adopte une stratégie habile : il se tourne vers l’Église. Il sollicite l’avis du pape Zacharie, en lui posant une question simple mais lourde de conséquences : qui doit être roi, celui qui porte le titre ou celui qui exerce réellement le pouvoir ? La réponse du pape lui est favorable. En 751, Pépin fait déposer Childéric III, qui est tonsuré et enfermé dans un monastère. Pépin est alors proclamé roi des Francs et sacré, marquant la fin de la dynastie mérovingienne et le début de la dynastie carolingienne. Ce sacre est un moment fondamental : pour la première fois, le pouvoir royal franc repose explicitement sur une légitimation religieuse. Pépin renforce cette alliance avec la papauté quelques années plus tard. En intervenant en Italie pour défendre le pape contre les Lombards, il obtient en retour une reconnaissance renforcée. Il cède même des territoires au pape : c’est la naissance des États pontificaux. Sur le plan politique et militaire, Pépin consolide le royaume franc et poursuit l’œuvre de ses prédécesseurs. Il renforce l’autorité centrale et prépare un héritage solide pour son fils.
À sa mort en 768, Pépin le Bref laisse un royaume stable et une dynastie solidement installée. En prenant la couronne, il transforme une domination familiale en royauté légitime. Son règne marque une rupture majeure : désormais, le roi des Francs n’est plus seulement un héritier, mais un souverain soutenu par l’Église. Cette évolution ouvre la voie au règne de son fils, Charlemagne, et à la naissance d’un véritable empire.
Les carolingiens :
Avec les Carolingiens, le pouvoir change de dimension. Ce qui n’était qu’une domination politique devient une véritable dynastie royale… puis un empire. Tout commence avec Pépin le Bref, qui ose faire ce que ses prédécesseurs n’avaient pas fait : prendre la couronne. En 751, il met fin à la dynastie mérovingienne et fonde une nouvelle légitimité, appuyée par l’Église. Mais c’est avec Charlemagne que la dynastie atteint son sommet. Conquérant, réformateur, il construit un empire immense et se fait couronner empereur en 800, renouant symboliquement avec l’héritage romain.
Après lui, l’équilibre se fragilise. Son fils, Louis le Pieux, tente de maintenir l’unité, mais les rivalités familiales prennent le dessus. En 843, le traité de Verdun divise l’empire en plusieurs royaumes. Ce partage marque le début d’un lent déclin. Les rois carolingiens continuent de régner, mais leur pouvoir réel s’effrite. Les grands seigneurs prennent de plus en plus d’autonomie, et le royaume se fragmente. Finalement, en 987, la mort de Louis V met fin à la dynastie. Une nouvelle famille prend alors le pouvoir : les Capétiens.
L’histoire des Carolingiens est celle d’une ascension spectaculaire suivie d’un éclatement progressif. En un peu plus de deux siècles, ils passent de maires du palais à empereurs… avant de disparaître, laissant place à un nouveau Moyen Âge politique.

Charlemagne - Louis 1er - Charles II - Louis II - Louis III - Carloman II - Charles III le simple - Louis IV - Lothaire - Louis V

Louis II le germanique - Carloman de Bavière - Louis III le jeune - Charles III le gros - Arnulf de Carinthie - Louis IV de Germanie

Lothaire 1er - Louis II d'Italie - Lothaire II - Charles de Provence

Eudes - Robert 1er - Raoul - Hugues le Grand