Elles ne sont pas reines. Elles ne portent pas la couronne. Et pourtant… elles influencent le roi. Dans l’ombre du pouvoir, certaines femmes jouent un rôle essentiel : les mères des rois. Elles n’ont pas de titre officiel. Pas de pouvoir reconnu. Mais elles ont quelque chose de plus fort : un lien direct avec le souverain. Certaines savent en profiter. Ces femmes influencent l’éducation, les alliances, les choix politiques. Leur pouvoir n’est pas officiel. Il est personnel.
Ces reines ne sont pas nombreuses, on en dénombre cinq : Edwige de Saxe, Marguerite d’Anjou, Marie de Clèves, Louise de Savoie et Jeanne d’Albret.
Edwige de Saxe :
https://www.clichistoire.com/sous-les-capetiensMère d’Hugues Capet, duchesse de Bourgogne. Née entre 910-922, elle est la fille d’Henri 1er de Saxe, dit l’oiseleur, et de Mathilde. Elle est la sœur d’Otton 1er, empereur du Saint Empire romain germanique. Elle appartient à l’une des familles les plus puissantes d’Europe. Elle épouse vers l’an 937 Hugues le Grand (marquis de Neustrie et comte de Paris).
Avec Hugues le Grand, elle a cinq enfants :
- Béatrice (v.938-1003), mariée à Frédéric 1er, comte de Bar et duc de Haute Lotharingie
- Hugues Capet (939/941-996), roi de France en 987
- Emma (v.943-968), mariée en 960 à Richard 1er, duc de Normandie
- Otton (v.945-965), duc de Bourgogne, comte d’Auxerre
- Eudes-Henri, (v.948-1002), duc de Bourgogne, comte d’Autun, d’Avallon et de Beaune
A la mort d’Hugues le Grand, Edwige joue probablement un rôle dans la protection des intérêts de son fils, de la gestion des alliances familiales et dans le maintien du réseau politique Robertien. Cependant, son action est peu documentée, elle n’apparaît pas comme une actrice politique majeure dans les textes conservés.
La date de décès d’Edwige de Saxe reste incertaine : attestée vivante en 956, elle n’apparaît plus ensuite dans les sources, ce qui conduit certains historiens à proposer une mort vers 958, tandis que d’autres retiennent prudemment une date postérieure à 965.
Marguerite d'Anjou :
Mère de Philippe VI, comtesse d’Anjou et du Maine. Née en 1273, elle est la fille de Charles II d’Anjou, roi de Naples et de Jérusalem, comte d’Anjou, du Maine et de Provence et de Marie de Hongrie. Elle épouse le 16 août 1290 Charles de Valois (1270-1325), quatrième fils de Philippe III le Hardi.
Avec Charles de Valois, ils ont six enfants :
- Isabelle (1292-1309), mariée en 1297 à Jean III, duc de Bretagne
- Philippe (1293-1350), comte de Valois, roi de France sous Philippe VI, marié à Jeanne de Bourgogne puis à Blanche de Navarre
- Jeanne (1294-1342), mariée en 1305 à Guillaume 1er d’Avesnes, comte de Hainaut
- Marguerite (1295-1342), mariée en 1310 à Guy de Châtillon, comte de Blois,
- Charles II (1294-1346), comte d’Alençon, marié à Jeanne de Joigny puis à Marie de la Cerda
- Catherine (1299-1300)
Bien que son existence ait été brève, elle incarne le lien entre les Capétiens et la puissante maison d’Anjou, très influente en Méditerranée. Son mariage avec Charles de Valois, frère du roi Philippe IV le bel, est stratégique. Il renforce les liens entre les Capétiens et les Angevins, il rapproche la monarchie française des enjeux italiens et il consolide la position de Charles de Valois dans le jeu politique européen.
Elle décède le 31 décembre 1299 à l’âge de 26 ans.
Marie de Clèves :
Mère de Louis XII, duchesse d’Orléans. Née le 19 septembre 1426, elle est la fille d’Adolphe 1er de Clèves, comte de Clèves et de Marie de Bourgogne (fille de Jean sans peur, duc de Bourgogne). Elle appartient à la maison de Clèves, une grande famille princière du Saint-Empire, liée aux ducs de Bourgogne. Elle apporte une réconciliation entre le royaume de France et l’État bourguignon en rivalité depuis la guerre de cent ans. Elle épouse en 1440 Charles 1er d’Orléans (fils de Louis 1er d’Orléans et petit-fils de Charles V).
Avec Charles d’Orléans, ils ont trois enfants :
- Marie (1457-1493), mariée à Jean de Foix, vicomte de Narbonne puis comte d’Étampes
- Louis (1462-1515), duc d’Orléans puis roi de France sous le nom de Louis XII, marié à Jeanne de France, Anne de Bretagne et Marie Tudor
- Anne (1464-1491), abbesse de Fontevraud
Lorsqu’elle devient veuve en 1465, ses enfants sont en bas âge. Selon un acte passé à Blois le 26 juin 1467, elle devient tutrice pour la gouvernance et l’administration de son fils Louis, duc d’Orléans. Le 26 janvier 1468, elle reçoit une pension d’une année de 12 000 livres (même s’il est difficile de faire une estimation réelle, on peut dire que cette somme correspond entre 1 à 3 millions d’euros).
Elle se remarie avec Jean, sire de Rabodanges, capitaine de Gravelines.
Mécène, elle apprécie les balades et rondeaux de son nouvel époux et les fait retranscrire dans un manuscrit à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras. Elle écrit également quelques poésies, comme « En la Forest de longue actente » et « L’habit ne fait pas le moine ». Elle possède une bibliothèque riche en livres enluminés dont un livre d’heures commandé à Jean Fouquet (v.1420-entre 1478 et 1481), peintre, enlumineur.
Elle décède le 23 août 1487, à l’âge de 60 ans. Elle est inhumée dans l’église des Cordeliers de Blois, puis elle est transportée au couvent des Célestins de Paris en la chapelle d’Orléans.
Louise de Savoie :
Mère de François 1er, duchesse d’Angoulême, duchesse de Bourbon et d’Auvergne, comtesse de Forez, de Clermont et de la Marche et dame de Beaujeu. Née le 11 septembre 1476, elle est la fille de Philippe II de Savoie, dit sans terre, (duc de Savoie, comte de Genève et gouverneur du Dauphiné) et de Marguerite de Bourbon, princesse de la branche Bourbon de la dynastie capétienne. Le 16 février 1488, elle épouse Charles d’Angoulême, comte d’Angoulême (arrière-petit-fils de Charles V).
Avec Charles d’Angoulême, ils ont deux enfants :
- Marguerite d’Angoulême (1492-1549), mariée à Charles IV d’Alençon, duc d’Alençon puis à Henri II d’Albret, roi de Navarre
- François (1494-1547), roi de France sous le nom de François 1er
Enfance de Louise de Savoie :
A la mort de sa mère en 1483, elle est envoyée à Amboise et confiée à sa cousine, Anne de Beaujeu, fille du roi de France Louis XI et régente du royaume, qui exercera une influence importante sur son avenir.
Une union disparate :
Le couple formé par Louise de Savoie et Charles d’Angoulême apparaît profondément contrasté. Issue d’un milieu princier brillant et formée à la vie de cour, Louise est cultivée, intelligente et dotée d’un fort caractère, proche en cela de Anne de Beaujeu. À l’inverse, Charles est un homme agréable mais plus léger, amateur de plaisirs et peu fidèle, passionné de littérature, notamment de Giovanni Boccaccio.
Malgré ces différences, leur union fonctionne autour d’un intérêt commun pour la culture : à Cognac, ils entretiennent une cour élégante et fréquentent des poètes contemporains, participant ainsi à la vie intellectuelle de leur temps.
Grâce à l’ouverture d’esprit, à la patience et à la persévérance de Louise, c’est dans une atmosphère familiale chaleureuse que les enfants sont élevés au côté de Jeanne, Madeleine et Souveraine, les filles bâtardes issues des amours adultères de Charles et de ses maîtresses Antoinette de Polignac et Jeanne Comte.
Dur, dur d’avoir un bébé !
Face à ses difficultés à concevoir, Louise de Savoie se tourne vers François de Paule, un religieux réputé pour ses dons prophétiques. Celui-ci lui prédit la naissance d’un fils destiné à devenir roi de France.
La première grossesse donne naissance à une fille. Pendant cette grossesse, Louise de Savoie aurait eu une envie d’huîtres. En en dégustant, elle aurait avalé par accident une perle. Lorsque sa fille naît, elle la nomme Marguerite, en référence au mot latin margarita, qui signifie “perle”, symbole de valeur et de beauté. La prophétie semble finalement se réaliser avec la naissance de François Ier.
Entre croyance, prestige du saint homme et réalités biologiques, il est difficile de trancher : miracle pour les contemporains, coïncidence pour l’historien…
Quel prénom pour cet enfant :
Un désaccord apparaît sur le choix du prénom : elle souhaite honorer François de Paule, tandis que son mari refuse, craignant les moqueries liées à l’image de l’ermite. Un compromis est finalement trouvé grâce à l’intervention de Marguerite de Rohan (mère de Charles d’Angoulême) : l’enfant est nommé François, en référence à son parrain. Enfin, Louise de Savoie accouche de son fils de manière inattendue, en plein jardin, entourée de ses dames de compagnie. Louise de Savoie sera une mère possessive, au point de faire dormir son fils, son césar, comme elle le surnomme dans sa chambre et surtout de ne pas supporter ses maîtresses lorsqu’il sera en âge d’en avoir !
Laissez moi mon fils !
En 1496, à seulement dix-neuf, elle est veuve. Trop jeune pour disposer seule de la tutelle de ses enfants, la majorité d’une femme pour être tutrice est à vingt-cinq ans, elle est contrainte d’accepter la cotutelle avec Louis XII en échange, elle accepte de ne pas se remarier !
Lorsque François a sept ans, Louis XII veut qu’il ait une éducation militaire. Louise, mère très possessive, se révolte lorsque le maréchal de Gié vient récupérer l’enfant, à tel point, que ses sbires sont obligés de casser la porte avec une hache.
Sous Louis XII :
Après la mort de Charles VIII en 1498, Louis XII devient roi. Louise réclame sans succès l’héritage des Orléans et obtient à la place une pension pour son fils François, désormais premier prince du sang. Le roi veille à garder ce dernier près de lui : Louise et ses enfants vivent entre Chinon, Blois et surtout Amboise, sous la supervision du gouverneur Pierre de Rohan-Gié. Malgré des déplacements liés aux épidémies ou aux activités de la cour, Louise reste proche du pouvoir. Elle participe à des événements diplomatiques et joue un rôle central dans les négociations qui aboutissent aux fiançailles de François avec Claude en 1506, renforçant ainsi sa position dynastique.
Louise de Savoie consacre toute son énergie à préparer son fils, François Ier, à accéder au trône, profitant du fait que Louis XII ne dispose pas d’héritier mâle survivant. À partir de 1508, lorsque François rejoint définitivement la cour, elle se retire en partie à Cognac, tout en restant présente lors des grands événements dynastiques. Lorsque Louise apprend que son fils a une relation avec Marie Tudor, épouse de Louis XII, elle rentre dans une colère noire. Il faut dire que si un héritier mâle naissait de cette union, fini le trône pour François…
La mort d’Anne de Bretagne marque un tournant décisif : elle permet enfin le mariage entre François et Claude de France, jusque-là bloqué. Louise poursuit alors activement sa stratégie d’ascension dynastique.
La mère du roi :
À la mort de Louis XII en 1515, son objectif est atteint : François devient roi. Louise, âgée de seulement 38 ans, entre alors au cœur du pouvoir. Elle exerce une influence majeure sur le début du règne, dominant le Conseil et orientant la politique royale. Elle s’appuie sur des hommes expérimentés comme Florimond Robertet ou Jacques de Beaune, tout en promouvant de nouveaux serviteurs comme Antoine Duprat.
Lorsque François part en Italie pour la campagne de Marignan, il lui confie la régence du royaume. Louise joue alors un rôle politique de premier plan, contrôlant l’accès au Conseil et influençant les décisions majeures, y compris certaines disgrâces importantes. Elle participe également à la diplomatie royale, notamment dans l’organisation du Camp du Drap d’Or avec le roi d’Angleterre.
Un bien mal acquis :
Dès 1519, Charles de Bourbon entretient des relations avec Charles Quint, qui lui verse une pension pour compenser ses pertes en Italie. Ce rapprochement aurait pu inciter François Ier à ménager son puissant connétable, mais il produit l’effet inverse.
En 1521, la mort de son épouse Suzanne de Bourbon déclenche un conflit majeur : bien qu’héritier de ses biens, Bourbon voit ses droits contestés par Louise de Savoie, cousine germaine de la défunte, avec le soutien du roi. Avant même la décision du Parlement de Paris, François Ier attribue une partie des terres à sa mère, provoquant de fortes tensions.
Face à ce qu’il perçoit comme une injustice, le connétable se rapproche davantage de Charles Quint. Dès 1522, il multiplie les contacts, et en 1523, un accord prévoit son alliance avec l’empereur, scellée par un projet de mariage avec sa sœur. Cette affaire marque ainsi la rupture entre Bourbon et la monarchie française.
Une deuxième régence compliquée :
Lors de la campagne de 1524, François Ier confie de nouveau la régence à Louise de Savoie. Installée à Lyon, elle gouverne avec le chancelier Antoine Duprat, mais son autorité est contestée, surtout après la défaite de bataille de Pavie. Une opposition menée par le Parlement de Paris et le duc de Vendôme échoue face à son habileté politique.
Malgré les tensions, Louise assure la stabilité du royaume et mène une diplomatie active pour isoler Charles Quint, notamment en traitant avec l’Angleterre et l’Empire ottoman.
Parallèlement, la crise financière entraîne la chute de Jacques de Beaune, ancien proche de Louise, accusé de mauvaise gestion. Isolé, il est condamné et exécuté en 1527, servant de bouc émissaire après les échecs militaires.
Une âpre négociation :
En 1529, Louise de Savoie s’illustre comme diplomate en négociant la paix de Cambrai, dite « paix des Dames », avec Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint. Cet accord met provisoirement fin au conflit entre la France et l’Empire. Surtout, il permet la libération des deux fils du roi, François et Henri, retenus en otages, en échange d’une importante rançon de deux millions d’écus d’or.
Louise de Savoie et la religion :
En accord avec sa fille, Marguerite d’Angoulême, Louise de Savoie protège les premiers réformateurs dont Jacques Lefèvre d’Etaples et les membres du cénacle de Meaux. Le protestantisme se répand rapidement dans leur entourage.
Mort de Louise de Savoie :
Louise de Savoie meurt le 22 septembre 1531, alors qu’elle se rend à Romorantin pour échapper à une épidémie de peste. Informé dès le lendemain, son fils François Ier organise pour elle des funérailles d’un prestige exceptionnel, dignes d’un roi : son corps est embaumé et une effigie de cire, symbole réservé aux souverains, est placée sur son cercueil richement orné.
Après sa mort, elle fait l’objet d’une véritable idéalisation : le poète Clément Marot la présente comme une figure vertueuse ayant réformé la cour et incarné un modèle moral et presque religieux.
Elle lègue à son fils, donc au royaume de France, tous ses biens dont une fortune de 1 500 000 écus (soit 167 millions d’euros) correspondant aux revenus de ses terres.
Louise avait une devise : « libris et liberis » pour « mes livres et mes enfants ».
Jeanne d'Albret :
Mère d’Henri IV, Jeanne d’Albret est un cas un peu particulier puisqu’elle n’est pas reine de France mais reine de Navarre (un royaume indépendant), duchesse de Vendôme et duchesse d’Albret. Née le 16 novembre 1528, elle est la fille d’Henri II, roi de Navarre et de Marguerite de Valois-Angoulême, sœur de François 1er. Elle épouse en premières noces Guillaume de Clèves, duc de Gueldre, comte de Zutphen, duc de Clèves, comte de la Marck, duc de Juliers et de Berg et comte de Ravensberg dont le mariage sera annulé puis Antoine de Bourbon, roi de Navarre, duc de Vendôme, duc de Beaumont et comte de Marle.
Le 20 octobre 1548, elle épouse Antoine de cinq enfants :
- Henri, duc de Beaumont (1551-1553)
- Henri (1553-1610), roi de Navarre, prince souverain de Béarn, Duc de Vendôme, duc d’Albret puis roi de France sous le nom d’Henri IV, marié à Marguerite de Valois et Marie de Médicis
- Louis-Charles de Bourbon, comte de Marle (1555-v.1557)
- Madeleine de Bourbon (1556-1556)
- Catherine de Bourbon (1559-1604), mariée à Henri II de Lorraine, duc de Lorraine et de Bar
Enfance de Jeanne :
La naissance de Jeanne d’Albret est célébrée officiellement par son oncle François Ier. En 1538, celui-ci décide de prendre en charge son éducation et la fait élever au château du Plessis-lès-Tours, l’éloignant de ses parents. Ce choix est avant tout politique : il s’agit d’empêcher un projet de mariage avec la famille de Charles Quint, qui aurait placé la Navarre sous influence espagnole.
Élevée à la cour, Jeanne bénéficie d’une excellente éducation humaniste, notamment sous la direction de Nicolas Bourbon, et grandit au cœur des enjeux politiques de son temps.
Les mariages de Jeanne d’Albret :
Jeanne d’Albret, décrite comme vive mais surtout très déterminée, manifeste dès l’enfance un caractère indépendant. En 1541, âgée de seulement 12 ans, elle est contrainte par François Ier d’épouser Guillaume de Clèves dans le cadre d’une alliance politique. Elle s’oppose ouvertement à ce mariage : elle proteste à plusieurs reprises, fait rédiger des actes attestant qu’elle n’y consent pas, et doit être portée de force à l’autel lors de la cérémonie. Malgré le faste des noces, elle maintient sa résistance en refusant systématiquement de consommer l’union. Après le revirement politique lié au traité de Venlo, qui affaiblit la position de son mari, elle obtient le soutien du roi pour faire valoir ses arguments. Le mariage est finalement annulé par le pape Paul III en 1545. Jeanne reste ensuite à la cour, son opposition ayant pleinement porté ses fruits.
À la suite de la mort de François Ier en 1547 et de l’accession au trône d’Henri II, Jeanne d’Albret se remarie en 1548 à Moulins avec Antoine de Bourbon, premier prince du sang. Ce mariage répond à des enjeux politiques importants, visant à consolider l’influence territoriale de leur maison à l’échelle du royaume. En 1551, Jeanne est choisie comme marraine du futur Henri III, signe de son rang à la cour. Toutefois, son mariage est marqué par les infidélités d’Antoine, qui a notamment un fils illégitime en 1554. Depuis la naissance de cet enfant, le couple va mal, Jeanne qui devient protestante s’oppose à un mari resté catholique et de surcroit qui devient lieutenant général de France sous Charles IX en 1561. Le 17 novembre 1562, Antoine de Bourbon meurt au combat contre la ville de Rouen, blessé d’un coup de mousquet à l’épaule.
Des nourrices maladroites :
Le fils aîné de Jeanne d’Albret et d’Antoine de Bourbon, né en 1551, meurt tragiquement en 1553 avant ses deux ans. Les contemporains attribuent sa mort à une négligence de sa gouvernante, qui l’aurait maintenu trop serré dans ses langes dans une pièce surchauffée, provoquant son asphyxie. Sa disparition fait du second fils du couple, Henri IV, né quelques mois plus tard, l’héritier du royaume de Navarre.
Un autre enfant, Louis-Charles, né en 1555, connaît un destin similaire : il meurt en 1557 après avoir été accidentellement blessé par sa nourrice, qui l’aurait laissé tomber et aurait tenté de dissimuler l’incident. Ces décès successifs illustrent la forte mortalité infantile de l’époque et la fragilité des héritages dynastiques.
Jeanne, reine de Navarre :
Le 25 mai 1555, Jeanne d’Albret accède au trône de Navarre aux côtés de Antoine de Bourbon. Leur couronnement commun a lieu quelques mois plus tard à Pau. Elle hérite alors d’un royaume affaibli, marqué par la perte de la Haute-Navarre au profit de l’Espagne, mais conserve le contrôle de territoires comme le Béarn et la Basse-Navarre.
En raison des absences fréquentes de son mari, Jeanne gouverne seule une grande partie du temps, affirmant une autorité forte. Sur le plan extérieur, elle tente sans succès de récupérer la Haute-Navarre et cherche des alliances, notamment avec le Maroc, pour s’opposer à la puissance espagnole.
Jeanne et la religion :
Marquée par l’influence intellectuelle et religieuse de sa mère, Jeanne d’Albret évolue progressivement vers les idées de la Réforme. En 1560, probablement sous l’influence du réformateur Théodore de Bèze, elle se convertit au calvinisme.
Elle franchit rapidement une étape décisive en proclamant cette religion officielle dans son royaume, notamment après avoir adopté publiquement les enseignements de Jean Calvin. Cette décision fait d’elle la souveraine protestante la plus importante de France et une adversaire directe de la Contre-Réforme catholique.
En 1562, le déclenchement des guerres de Religion oppose catholiques et protestants. À la cour, Antoine de Bourbon choisit le camp catholique, contrairement à Jeanne d’Albret, qui reste fidèle au calvinisme. Malgré les pressions de son mari et de Catherine de Médicis, elle refuse de renier sa foi. Face aux tensions croissantes et aux menaces, elle quitte Paris pour rejoindre le Béarn. Son voyage est marqué par des troubles, notamment le pillage de Vendôme par des troupes protestantes, ce qui aggrave le conflit avec son mari. Celui-ci ordonne même son arrestation dans le but de l’enfermer dans un couvent, mais Jeanne parvient à lui échapper et à regagner son royaume, où elle peut gouverner en sécurité.
Jeanne d’Albret entre en conflit avec Pierre d’Albret, soutenu par le pape et Philippe II, qui souhaitent maintenir la Navarre dans le catholicisme. Après la mort d’Antoine de Bourbon en 1562, elle accélère la mise en place de la Réforme en Béarn : elle fait traduire et diffuser les textes protestants, fonde des institutions comme une académie à Orthez et réorganise l’Église selon les principes calvinistes. Cette politique religieuse s’accompagne de mesures radicales : le culte catholique est progressivement interdit, les membres du clergé sont expulsés et certaines églises sont détruites. Elle s’entoure également de conseillers favorables à la Réforme pour consolider son autorité. Au début des conflits religieux, Jeanne d’Albret adopte une attitude relativement prudente, concentrée sur la défense de la Navarre face à la proximité de l’Espagne catholique. Elle refuse clairement l’autorité du pape, rejetant les tentatives de pression pour la ramener au catholicisme. Le pape Pie IV va jusqu’à envisager des mesures extrêmes : projet d’enlèvement, menace d’Inquisition et déclaration d’hérésie pouvant entraîner la confiscation de son royaume. Ces initiatives inquiètent Philippe II et provoquent la réaction de Catherine de Médicis, qui s’y oppose. Si ces menaces ne sont pas mises à exécution, les tensions religieuses persistent, notamment avec des ajustements territoriaux imposés par la papauté au profit de l’Espagne.
En 1568, au début de la troisième guerre de Religion, Jeanne d’Albret choisit de soutenir activement la cause huguenote. Menacée par l’avancée des troupes catholiques, elle se réfugie à La Rochelle avec son fils Henri IV, alors adolescent.
Depuis cette place forte protestante, elle joue un rôle central : elle organise les finances, les défenses, la discipline et la diplomatie du camp huguenot. Elle sollicite l’aide de puissances étrangères et soutient les chefs militaires, notamment Gaspard de Coligny. Elle va jusqu’à engager ses propres biens pour financer la guerre et encadre également l’accueil des réfugiés.
Malgré ses efforts, la mort du prince de Condé en 1569 fragilise le camp protestant, dont le commandement militaire revient alors à Coligny.
La paix de Saint-Germain en Laye :
Malgré des revers militaires, Jeanne d’Albret maintient la résistance huguenote et refuse de se soumettre. Elle joue un rôle central dans la négociation de la paix de Saint-Germain-en-Laye, qui met fin à la troisième guerre de Religion, tout en dénonçant ensuite son application imparfaite.
Dans ce contexte, elle accepte difficilement un mariage politique entre son fils Henri IV et Marguerite de Valois, destiné à réconcilier catholiques et protestants. Invitée à la cour par Catherine de Médicis pour organiser cette union, elle se montre très critique envers l’atmosphère qu’elle juge immorale et dénonce le comportement de la reine mère.
Mort de Jeanne d’Albret :
Après avoir conclu un accord avec Catherine de Médicis pour le mariage de son fils Henri IV avec Marguerite de Valois, Jeanne d’Albret s’installe à Paris en 1572 pour préparer la cérémonie. Malgré une santé fragile, elle participe activement aux préparatifs.
Cependant, début juin, elle tombe brusquement malade et meurt en quelques jours le 9 juin 1572. Sa disparition, survenue juste avant le massacre de la Saint-Barthélemy, affaiblit fortement le camp protestant.
Des rumeurs d’empoisonnement circulent rapidement, accusant l’entourage de Catherine de Médicis, mais elles sont aujourd’hui considérées comme infondées : Jeanne serait morte de causes naturelles.
Elle est finalement enterrée à Vendôme à la collégiale Saint-Georges aux côtés de son époux, contrairement à son souhait d’être inhumé à la cathédrale Notre-Dame-de-l ’Assomption de Lescar et son fils lui succède comme roi de Navarre, sous le nom d’Henri III avant de devenir plus tard roi de France sous le nom d’Henri IV.