Imaginez un instant : vous êtes un archéologue… mais au lieu de trouver une épée ou une couronne, vous tombez sur une vieille cuillère. Décevant ? Pas du tout. Parce que cette cuillère, c’est une machine à remonter le temps. Elle vous raconte comment on mangeait à l’époque des Mérovingiens. Peut-être qu’elle a servi à nourrir un enfant avec du “papin”, cette drôle de bouillie médiévale (pas vraiment étoilée Michelin !). Elle vous parle aussi des nourrices, des croyances alimentaires, et même des goûts… parfois discutables.
Quelques siècles plus tard, les objets changent. Ils deviennent plus élégants, plus sophistiqués, un peu comme si l’histoire passait de la survie au style. Et sous les Bourbons ? Là, on entre dans le grand spectacle. Les objets brillent, impressionnent, affichent le pouvoir.
Mais au fond, qu’ils soient simples ou luxueux, tous ces objets ont un point commun : ils racontent la vraie vie, pas celle des rois seulement, celle de tout le monde.
A
Aiguière : Le mot « aiguière » apparaît au XIIe – XIIIe siècle. Il vient du latin « aqua », eau. Au Moyen-Age, elle sert au lavement des mains à table, avant et après le repas. On l’utilise dans les rituels religieux. Elle peut être en terre cuite, en cuivre, en étain ou en argent.
Armoire : Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, le coffre est le meuble principal, transportable, sécurisé par ferrures, multifonction (banc, rangement, coffre de voyage). Il contient des vêtements, des objets précieux, des documents et des textiles. C’est à partir du XIIIe siècle que l’on voit apparaître la véritable armoire. Les armoires se développe grâce à l’essor des villes, des maisons en pierre, de la multiplication des pièces spécialisée et de l’émergence d’une bourgeoisie urbaine. Ce sont des meubles hauts avec des portes battantes, en bois massif (chêne), avec des sculptures gothiques, assemblés avec des tenons et des mortaises. Elles servent surtout au rangement du linge, aux vêtements et parfois aux archives. C’est l’ancêtre direct de nos armoires actuelles. Sous François Ier et les Valois avec l’influence italienne l’armoire se transforme. Elle devient un symbole de richesse et un élément central de la chambre. Sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, les pièces spécialisées (chambre, cabinet, garde-robe) font leur apparition. La commode (XVIIIe siècle), surtout murale, est devenu un objet de luxe. L’armoire devient plus raffinée, plus fonctionnelle et mieux intégrée à l’espace.
Assiette : L’assiette commence à apparaître à la fin du Moyen-Age. Sur les tables de la noblesse, on retrouve de la vaisselle en étain et des plats plus larges. C’est le début de la distinction sociale à table. Avec les Valois, l’influence italienne bouleverse les usages. C’est l’introduction de la majolique italienne, le développement des ateliers français. Les assiettes sont décorées. Elles sont des objets de prestige. Sous les Bourbons, la table devient mise en scène du pouvoir. Sous Louis XIV, les plats sont disposés symétriquement, les assiettes en porcelaine ou argent sont individuelles. Au XVIIIe siècle, la porcelaine triomphe avec la création de la manufacture de Sèvres sous Louis XV. L’assiette devient un support artistique, un objet diplomatique, un symbole de luxe monarchique.
B
Baignoire : Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, l’héritage romain décline mais la culture du bain ne disparaît pas totalement. On utilise des cuves en bois cerclées de métal, parfois des baignoires en pierre dans les milieux aristocratiques. On retrouve des installations héritées des thermes romains dans certaines villes. L’aristocratie franque, les élites urbaines et les monastères (où l’hygiène est codifiée) sont les principaux utilisateurs. Au Moyen-Age (IXe – XVe siècle), c’est l’âge d’or des étuves. À partir du XIIe siècle, les villes françaises possèdent de nombreuses étuves publiques. Elles comprennent des cuves en bois individuelles, des salles chauffées, des services d’eau chaude et parfois repas… voire prostitution (d’où la méfiance morale). La baignoire est en bois, portative et installée dans une pièce chauffée. Elle est souvent utilisée à domicile par les élites. Le bain est associé au bien-être et à la médecine (théorie des humeurs). Au XVIe siècle, c’est un tournant sanitaire avec le choc des épidémies. La grande peste et les crises sanitaires modifient les mentalités. On pense alors que l’eau chaude ouvre les pores et les “miasmes” pénètrent dans le corps, conclusion, le bain est perçu comme dangereux ; ce qui a pour conséquence, la fermeture progressive des étuves, le déclin des bains publics et le développement de la “toilette sèche” (linge propre + parfum). On ne cesse pas totalement de se laver, mais on change de méthode. Sous les Bourbons, le bain revient… mais sous une autre forme. On voit apparaître les baignoires en cuivre ou en étain, celles en bois doublées de métal, des modèles portatifs et parfois intégrées dans des cabinets de toilette. Le bain devient un moment privé, un luxe aristocratique, un geste médical. On associe souvent l’Ancien Régime à l’absence d’hygiène.
Pourtant, au XVIIIe siècle les bains médicaux se développent, les stations thermales renaissent et l’intérêt pour l’eau revient avec les Lumières.
Baromètre : La naissance du baromètre se situe au XVIIe siècle. Evangelista Torricelli (1608-1647), physicien et mathématicien florentin, invente en 1643 le baromètre. Il remplit un tube de mercure, puis l’inverse dans une cuve, le mercure descend et un vide apparaît en haut du tube. L’air a un poids, la hauteur du mercure varie selon le temps. Sous les Bourbons, Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français, démontre que la pression diminue avec l’altitude. Il encourage la fabrication d’instruments, améliorent la précision des baromètres. Ce dernier devient un outil scientifique, un instrument météorologique. Au XVIIIe siècle, on relie la pression et la météo, le baromètre entre dans les cabinets savants, dans la marine et dans certaines maisons bourgeoises.
Bénitier : A l’origine et bien avant le christianisme, l’eau était déjà utilisée pour des rites de purification. Dès les IIIe – Ve siècle, les chrétiens utilisent de l’eau bénite pour se purifier, se préparer à la prière et rappeler le baptême. Les premiers bénitiers sont en bols de pierre ou en vasques en métal ou terre cuite. A partir du Moyen-Age, avec la généralisation des églises paroissiales, le bénitier devient un élément indispensable. Il protège du mal, il rappelle l’entrée dans un espace sacré, il marque la frontière entre le profane et le sacré. A la Renaissance, le bénitier devient plus ornementé avec des décorations végétales, d’anges, de scènes bibliques. Vers le XVIIe siècle, le bénitier se multiplie dans les églises et apparaît plus fréquemment dans les domiciles privés. Le bénitier s’installe dans la vie quotidienne surtout aux XVIIIe et XIXe siècle. On le retrouve près du lit ou de la porte, il devient le symbole de protection du foyer.
Berceau : Les premiers berceaux attestés dans les sources archéologiques datent de l’Antiquité. Les Grecs et les Romains utilisent des nacelles en osier, des petits lits en bois et parfois des dispositifs suspendus. A l’époque Mérovingienne et Carolingienne, les traces matérielles sont rares car le bois se conserve mal. C’est à partir du XIIe – XIIIe siècle que les enluminures montrent clairement des berceaux en bois. Le modèle à patins (à bascule) devient identifiable. A partir des Valois, la naissance d’un prince est un évènement public. Le berceau du dauphin est richement sculpté, drapé de velours et orné d’armoiries. Avec les Bourbons, le berceau princier devient un objet d’apparat, il peut être exposé. Il participe à la mise en scène de la continuité dynastique. L’enfant royal n’est plus seulement un bébé, il est déjà une incarnation de l’État.
Biberon : Les premières traces archéologiques de dispositifs proches du biberon apparaissent en Grèce Antique et à Rome. On a retrouvé de petits vases en terre cuite, munis d’un bec verseur. Les Romains les appelaient parfois « guttus » ou « cunae » dans certains contextes, mais le vocabulaire est discuté. Ces objets servaient probablement à donner du lait animal et des bouillies diluées. Certains chercheurs pensent que certains de ces objets pouvaient aussi avoir des usages médicaux ou rituels. À l’époque des Mérovingiens, les sources matérielles sont rares. On sait cependant que l’allaitement maternel reste la norme et le recours aux nourrices est fréquent dans l’aristocratie. Des fouilles ont révélé de petits récipients en céramique à bec, probablement utilisés pour l’alimentation infantile. Mais l’usage précis reste difficile à prouver. Dès les XIIe – XIIIe siècle, des biberons en corne animale (chèvre ou vache) sont attestés en Europe. La corne est naturellement creuse et facile à percée, et reste peu coûteuse. On y fixe un morceau de tissu et une peau fine qui sert de tétine. Sont également utilisés des flacons en cuir et des petits pots à bec. Le problème majeur reste l’hygiène. Le lait animal mal conservé entraîne des infections, des diarrhées et une forte mortalité infantile. L’église encourage l’allaitement maternel mais l’aristocratie confie souvent les enfants à des nourrices. Sous les Bourbons, les biberons en corne restent utilisés dans les milieux ruraux. En ville apparaissent des versions en étain, en verre ou en argent. Ils sont parfois appelés chevrette ou bouteille à nourrir. Dans les milieux urbains, surtout à Paris, le recours au lait animal augmente, l’envoi des enfants en nourrice devient massif. Des médecins commencent à s’inquiéter des dangers, mauvaise stérilisation, lait contaminé, tétines en tissu difficile à nettoyer. Le biberon devient plus répandu, mais reste un facteur de risque sanitaire important.
Billets de banque : A partir du XIIe apparaît les lettres de change dans les banques italiennes. Ce ne sont pas des billets de banque, ce sont des documents de crédits écrits qui servent à transférer de l’argent sans porter de métal. Elles ne circulent pas comme monnaie mais de preuve de paiement. C’est seulement sous les Bourbons qu’apparaissent les premiers billets de banque en France. En 1716, sous la Régence de Philippe d’Orléans (Louis XV, étant encore mineur), la première banque générale est créée. Les premiers billets de banque sont émis et convertibles en or et en argent, c’est le fameux système John Law. En 1720, c’est la faillite du système. Les Français perdent confiance dans le papier ce qui entraîne une disparition quasi-totale d’un demi-siècle. En 1789, les assignats sont créés comme bons d’État garantis par la vente des biens du clergé, ils deviennent finalement une monnaie légale. En 1796, c’est l’hyperinflation, la dévalorisation puis l’effondrement. Avec Napoléon, la Banque de France naît en 1800. Elle met en circulation le billet moderne, stable et reconnu.
Bouchon en liège : Avant les Capétiens, les bouchons de liège ne sont pas utilisés, on se sert de la matière première pour d’autres utilisations. Avec la reprise des commerces méditerranéens et les Croisades, le liège circule de nouveau et certains vignerons l’utilisent mais le verre reste cher et le bouchon de liège est utilisé seulement pour les vins fins et les liqueurs. C’est à partir du XIVe siècle que le liège commence à s’imposer. L’art verrier progresse et les bouteilles deviennent plus solides et moins coûteuses. On cherche également à mieux conserver le vin, notamment pour les transports maritimes. Le liège devient de plus en plus le bouchon idéal mais pas encore universel. C’est sous les Bourbons que le bouchon de liège se généralise vraiment grâce à deux avancées décisives, les vignobles de Champagne, Bordeaux et Bourgogne cherchent à mieux conserver leurs vins ; le liège permet une meilleure étanchéité que les chevilles de bois ou de chanvre enduites de poix. Sous Louis XIV et Louis XV, les forêts de chênes-lièges du Portugal, d’Espagne et du Languedoc sont exploitées plus systématiquement. On voit apparaître de véritables ateliers de bouchons surtout dans les ports (Bordeaux, Marseille). Le bouchon prend sa forme moderne, cylindrique, taillé dans le bois de liège expansé, adapté à la gore des bouteilles produites par les verreries françaises et anglaises.
Bougies : A l’époque mérovingienne, il n’existe pas encore de véritable bougie. L’éclairage repose surtout sur les chandelles de suif, fabriquées avec de la graisse animale fondue (suif de mouton ou de bœuf) avec une mèche faite de joncs ou de fil torsadé. La lumière est faible et l’odeur désagréable. Les élites utilisent aussi des lampes à huile, héritées du monde romain. Sous les carolingiens, deux types de chandelles existent, celles pour le peuple toujours à base de suif et la bougie en cire d’abeille, réservée à l’élite. L’Église devient un grand consommateur de bougies en cire. Avec les capétiens, la fabrication de bougies devient un métier organisé. Apparaissent les ciriers et chandeliers. Les fabricants maîtrisent la technique de trempage (tremper la mèche dans la cire chaude) et l’ajout d’onguent pour améliorer la combustion. Différentes formes sont fabriquées, les bougies fuselées, les bougies d’autel et les torches cérémonielles. La bougie de suif reste réservée à l’usage domestique et populaire alors que la bougie de cire est utilisée par l’aristocratie, le clergé et lors des grandes cérémonies. Sous les Valois, plusieurs perfectionnements apparaissent. Les mèches tressées deviennent plus efficaces, elles ont une combustion plus régulière et une flamme plus stable. Le suif est mieux raffiné et il dégage moins d’odeur et de fumée. On introduit la cire blanchie, c’est-à-dire qu’elle est exposée au soleil ou traitée à l’eau, elle donne ainsi des bougies plus élégantes destinées à la haute société. La bougie « moderne » naît sous les Bourbons. Elle devient standard, fiable et sa forme se rapproche de celle d’aujourd’hui. Entre 1620 – 1650, la mèche tressée en trois brins se courbe et se consume, évitant de la couper. XVIIe siècle, c’est l’apparition de la bougie moulée. On la coule dans des moules cylindriques. Puis à la fin du XVIIIe siècle, c’est l’avènement de la stéarine. C’est également le début des bougies à multiple composant, suif raffinée, cire et suif, résines odorantes…
Bouteille : Avant la bouteille en verre, on transporte les liquides dans des outres en cuir, des amphores en terre cuite, des récipients en métal. Les Romains produisent de petites bouteilles en verre pour parfums, huiles et vin, nommées boutiaux, boutilles, bouties. Cependant, l’amphore reste dominante pour le commerce. Après la chute de Rome, la production de verre diminue en Occident. Le transport du vin se fait surtout en tonneaux. Les bouteilles en verre existent, mais restent fragiles et coûteuses. Au XIIIe siècle, les verriers italiens (notamment à Murano) relancent l’art verrier. La bouteille reste un objet de luxe. La grande transformation vient d’Angleterre au XVIIe siècle grâce aux fourneaux au charbon. Le verre s’épaissit et devient plus résistant. En France, sous les Bourbons, notamment sous Louis XIV, la bouteille devient un standard pour le vin. Elle permet une meilleure conservation. Elle favorise le développement des vins effervescents (Champagne). La bouteille moderne naît véritablement à cette époque. Aux XVIIe–XVIIIe siècles les formes s’uniformisent. Le bouchon en liège se généralise et la bouteille devient un outil commercial. Elle n’est plus seulement un contenant mais elle participe à l’identité du vin et du prestige social.
Brosse à dents : Le nettoyage des dents a commencé relativement tardivement même si dans différentes civilisations, certaines pratiques existent déjà, comme la poudre dentaire à base de coquilles, de cendres ou de plantes, ou encore les bâtonnets parfumés, et les poudres abrasives. En Inde et dans le monde Arabe, ils utilisent le « miswak » ou « siwak », c’est un petit bâtonnet provenant de l’arbre Salvadora persica, encore utilisé aujourd’hui, il est très efficace grâce à ses fibres naturelles. La première vraie brosse à dents apparaît en Chine au XVe siècle. Le manche est en os ou en bambou avec des poils en soie de porc fixées au bout. Les voyageurs européens découvriront ce modèle plus tard. La légende attribue la première brosse moderne occidentale à un Anglais, William Addis (1734 – 1808) vers 1780. En prison, il aurait fabriqué une brosse inspirée des modèles chinois, puis lancé une production commerciale après sa libération. A partir du XIXe siècle, la fabrication devient industrielle et elle se diffuse dans les classes moyennes. En 1938, la compagnie Dupont lance la brosse à dent avec des poils en nylon. La brosse à dent électrique arrive dans le commerce vers 1960.
Brouette : Bien que son usage soit reconnu en Chine depuis fort longtemps, notre brouette est utilisée principalement sur les chantiers des cathédrales à partir du XIIe siècle, mais aussi dans les mines ou pour l’agriculture. Elle est alors équipée de deux petites roues, les rouettes, d’où son nom. La première représentation est un dessin de Mathieu Paris qui date du milieu du XIIIe siècle.
C
Cercueil : Au départ, il n’y a pas de cercueil, juste un corps protégé par des peaux ou des tissus. Puis l’Égypte transforme le contenant en œuvre d’art. Le cercueil devient promesse d’éternité. Au Moyen Âge, retour à la simplicité, un linceul suffit. L’important n’est plus le corps… mais l’âme. À partir du XVIe siècle, la mort redevient sociale. Le cercueil affiche le rang, la richesse, la mémoire. Enfin, dès le XVIIIe siècle, avec les épidémies et l’industrialisation, il devient obligatoire. Ce qui était rare devient norme.
Chaire : C’est à partir du XIIᵉ – XIIIᵉ siècle que la chaire prend la forme que l’on connaît, avec le développement de la prédication, l’essor des ordres mendiants (franciscains, dominicains) et une volonté d’enseigner la foi au peuple. La prédication devient centrale. On voit alors apparaître la chaire élevée, généralement, adossée à un pilier de la nef, accessible par un escalier et nettement surélevée au-dessus des fidèles. À la fin du Moyen Âge : la chaire devient un objet monumental. À partir du XIVᵉ–XVe siècle, surtout dans les grandes cathédrales, elle devient un véritable objet d’architecture et de sculpture. Entre le XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles, la chaire est plus que jamais centrale. Dès le XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, on voit apparaître des chaires très décorées, très théâtrales et souvent baroques.
Chaise percée : Avant la chaise percée, pour faire ses besoins, nos ancêtres utilisent des pots dit de chambre, des récipients en terre, métal ou bois. La nature était souvent un moyen commode de satisfaire « la petite envie pressante », sinon des lieux pouvaient être dédiés comme les latrines collectives. Vers la fin du XIVe siècle, apparaît la chaise percée. C’est une chaise en bois, souvent avec dossier et accoudoirs, percée d’un trou sous lequel est déposé un pot amovible. Elle devient un objet courant dans les châteaux, les demeures aristocratiques et les maisons aisées. Les rois et les grands seigneurs en possèdent des luxueuses. Certaines sont richement sculptées, recouvertes de tissu, presque des trônes privés. On la surnomme également chaise d’aisance, chaise des commodités, chaise à litière selon les époques. Elle devient même un objet politique et symbolique. A la cour de France, la chaise percée est presque un symbole de rang : le privilège d’assister le souverain sur sa chaise percée faisait partie des charges de cour ! Sous l’ancien régime, on parle même de « droit du fauteuil ». Durant le XVIIe siècle, la chaise percée est un objet courant. Certaines ressemblent à de vrais meubles élégants, invisibles quand fermées. Les premières toilettes équipées d’une chasse d’eau ont été inventées en 1595 par l’Anglais John Harrington (1561 – 1612), filleul de la reine Élisabeth 1ʳᵉ d’Angleterre. Il avait installé un réservoir d’eau sur le toit, relié à la cuvette par un long tube, puis on ouvrait un robinet pour faire couler l’eau. La reine en découvrant ces toilettes chez John, les fit installer dans son palais. En 1775, l’Écossais Alexander Cummings (1733 – 1814) a ajouté un siphon, qui empêchait les mauvaises odeurs de remonter. Enfin, dans les années 1880, le plombier anglais Thomas Crapper (1836 – 1910) a perfectionné le système et l’a rendu populaire.
Charrue à roue : La charrue à roue remplace l’araire ou charrue à soc des romains. Cette dernière composée essentiellement d’un soc est sans roue. Tractée par un bœuf, elle retourne légèrement la terre et est plutôt adaptée aux sols légers et secs. La charrue à roue apparaît aux alentours du XIe siècle. Elle est dotée d’un soc métallique qui pénètre bien le sol, d’un soc cassant les tiges et d’un versoir recourbé qui projette la terre sur le côté. En plus, grâce à ses deux roues, elle est facile à déplacer. Elle ouvre à l’agriculture les zones de forêts et de marais.
Chaufferette : À partir du XIIᵉ–XIIIᵉ siècle, on voit apparaître des contenants, des petites boîtes en métal, des coffrets en bois doublés de métal, des récipients percés pour laisser circuler la chaleur. Ils contiennent des braises ou du charbon de bois. On les place sous les bancs, sous les robes longues et dans les églises. Dans les églises mal chauffées, les fidèles apportent leur chaufferette. Certaines paroisses réglementent leur usage à cause des risques d’incendie. Avec le Petit Âge glaciaire (à partir du XIVᵉ siècle), les chaufferettes deviennent plus courantes chez les bourgeois urbains et dans les milieux nobles. Elles sont parfois décorées. Elles deviennent un objet domestique identifiable. Dès le XVIᵉ siècle, la chaufferette se raffine avec des boîtes en bois sculpté, des modèles portatifs pour les dames et des petits récipients pour les pieds. On parle aussi de « bassinoires » (pour chauffer les lits) et de « moines » (chauffe-pieds en terre cuite). Les femmes les utilisent beaucoup dans les églises. Sous les Bourbons, on utilise des chaufferettes portatives, des boîtes à braises et des chauffe-pieds en bois ajouré. La chaufferette devient un objet courant, parfois élégant et un accessoire discret du quotidien. Mais attention, les risques d’intoxication au monoxyde de carbone existent. On en meurt parfois.
Cliquette : Elle apparaît dès le XIIe siècle. La cliquette est un petit instrument en bois composé d’une planchette ou poignée avec une ou plusieurs languettes. Lorsqu’on l’agite, elle émet un claquement sonore. Elle est surtout utilisée comme instrument imposé aux lépreux, elle permet d’annoncer leur présence à distance. Son usage décline vers le XVIe siècle mais elle reste cependant utilisée dans certains contextes religieux, notamment pendant la semaine sainte.
Clystère : (ancêtre de la seringue) : La seringue trouve son origine dans l’Antiquité gréco-romaine, bien avant les Mérovingiens. Les médecins utilisent alors un instrument appelé clystère, composé d’un tube et d’un piston, destiné à pratiquer des lavements. Dans une médecine fondée sur la théorie des humeurs, purifier le corps par l’intestin est considéré comme un moyen essentiel de rétablir l’équilibre interne. À l’époque Mérovingienne, puis sous les Carolingiens et les premiers Capétiens, on n’invente pas de nouveau modèle : on conserve et reproduit les instruments antiques. Les monastères jouent un rôle clé dans cette transmission. Les clystères restent principalement utilisés pour les lavements, sans injection dans le sang, car la circulation sanguine n’est pas encore comprise. À la Renaissance, sous les Valois, les progrès en anatomie et en chirurgie améliorent la fabrication des instruments. Les seringues deviennent plus précises, souvent en métal, mais leur usage reste essentiellement digestif. Sous les Bourbons, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le clystère connaît un véritable succès, notamment à la cour de Louis XIV, où les lavements sont fréquents. Les instruments se perfectionnent techniquement, avec des pistons plus ajustés et des matériaux plus raffinés. Toutefois, la seringue moderne destinée aux injections sous-cutanées ou intraveineuses n’apparaît qu’au XIXe siècle.
Cocote minute : On peut parler de première machine à vapeur, il y a deux milles ans. En fait, c’est un jouet inventé par Héron d’Alexandrie (1er siècle après Jésus-Christ). L’éolipyle est une roue qui tourne toute seule en projetant des jets de vapeur. C’est sous Louis XIV qu’apparaît l’ancêtre de la cocotte-minute. Le physicien français Denis Papin (1647 – 1713) invente la toute première machine utilisant la cuisson sous pression appelée le « digesteur ». Il est composé d’une cuve en métal épais (souvent en cuivre) avec un couvercle vissé et scellé, une soupape de sécurité (Papin l’invente après une explosion). Cette machine permet de cuire les viandes plus vite en augmentant la pression interne. Le digesteur sert à attendrir les os et les viandes dures, à expérimenter la puissance de la vapeur et à comprendre la pression et la thermodynamique. Il est présenté à l’Académie des sciences en 1682. Son utilisation est réservée aux savants et ne rentre pas encore dans les cuisines ordinaires. La cocotte-minute, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est mise au point en 1938 par Alfred Vischer (1863-1924).
Collier d’attelage : Longtemps, chars et charrettes ont été pourvues d’un timon auquel les chevaux et les bœufs chargés de les traîner étaient attachés par le cou. Le moindre effort étranglait les malheureuses bêtes, dont, on le conçoit, les performances étaient médiocres. Véhiculer par terre des marchandises lourdes était donc impossible jusqu’au Xe siècle environ, date à laquelle apparut le collier d’épaule qui s’inspirait d’un modèle chinois. Les animaux sont attelés de façon à répartir l’effort de traction entre le poitrail et le garrot, évitant ainsi tout risque de suffocation. Cette nouvelle technique d’attelage va avoir pour l’Europe des conséquences considérables, occasionnant notamment un net progrès dans la mise en valeur des terres agricoles et une revivification du commerce terrestre. Le collier d’épaule perfectionné peu à peu en harnais permit l’utilisation du cheval comme animal de trait pour l’agriculture et les transports. Sa puissance équivaut alors à celle des bovins et son efficacité est plus grande car sa vitesse est double et il est plus nerveux.
Crayon : Tout commence avec une mine de graphite découverte en 1565 en Angleterre près de Borrowdale (Cumbria). Un gisement d’une matière noire très pure est repérée. On pense d’abord que c’est du plomb, d’où l’expression encore utilisée aujourd’hui « lead pencil » ce qui signifie en français « mine de plomb ». Des bâtons de graphite pur sont taillés et enveloppés de bois ou ficelés, ce sont les ancêtres du crayon moderne. A la fin du XVIe siècle, une nouvelle innovation perfectionne le crayon. Les Italiens ont l’idée de scier un morceau de bois et d’y placer à l’intérieur une tige de graphie et de refermer avec une deuxième latte de bois. Le crayon moderne est né. Le graphite anglais était rare et précieux. En 1795, pendant les guerres napoléoniennes, un Français Nicolas-Jacques Conté (1755 – 1805) invente la mine moderne en mélangeant du graphite broyé à de l’argile en cuisant le mélange. Cette nouveauté permet de contrôler la dureté de la mine, de produire à grande échelle et surtout de ne plus dépendre de la mine anglaise. Le célèbre HB, 2B, H, etc… vient de là.
Cure-dents : Les archéologues ont montré que dès la préhistoire, les humains utilisent des bâtonnets, épines, os ou fibres végétales pour retirer des résidus coincés entre les dents. Chez les Romains, c’est presque un objet de prestige, certains le portent en pendentif ou l’emportent dans un petit étui. Au Moyen-Age et durant la Renaissance, il est souvent en bois mais chez les élites, on trouve des modèles luxueux, travaillés, sculptés. Les nobles utilisent parfois des cure-dents en métal précieux. Objet de standing, il est même offert en cadeau comme objet d’apparat. Le mot est cité pour la première fois dans l’inventaire du duc de Berry en 1416. Le cure-dent standardisé apparaît au XIXe siècle, surtout aux États-Unis. Charles Forster, en 1860, met au point la production industrielle de cure-dents en bois. Importé d’Amérique du Sud, il veut promouvoir l’objet et paye des étudiants de l’université Harvard pour qu’ils mangent au restaurant et réclament des cure-dent. Aujourd’hui, les dentistes préfèrent le fil dentaire ou les brossettes interdentaires, mais le cure-dent n’est pas pour autant détrôné !
D
Demoiselle à atourner : La demoiselle à atourner, autrement dit le miroir de toilette, apparaît au XIIIe siècle en Occident médiéval. Les miroirs existent depuis l’Antiquité, mais leur diffusion dans la société aristocratique médiévale se développe surtout à partir du bas Moyen Âge. La demoiselle à atourner désigne un petit miroir, souvent tenu à la main ou posé sur un support, utilisé pour la toilette. Le mot atourner signifie « parer, apprêter ». Il s’agit donc du miroir servant à se coiffer, ajuster son voile, vérifier ses bijoux ou son maquillage. Dans la littérature médiévale, il devient même une métaphore morale : se regarder, c’est aussi examiner son âme. Ainsi, la demoiselle à atourner n’est pas qu’un accessoire de toilette. C’est un objet social, esthétique et symbolique. Elle ne disparaît pas. Elle évolue. À partir du XVIe siècle, les progrès de la fabrication du verre transforment le miroir. La demoiselle à atourner médiévale cède la place aux miroirs en verre étamé de la Renaissance, mais l’objet reste central dans la toilette.
Dictionnaire et encyclopédie : Avant l’arrivée des dictionnaires, des glossaires permettent de répertorier les connaissances. Il faut attendre l’arrivée de l’imprimerie pour que naissent les grands dictionnaires. Apparaît alors des dictionnaires monolingues afin d’expliquer la langue courante puis des dictionnaires bilingues, traduisant le latin en vernaculaire. En 1635, l’Académie Française est créée. En 1694, le premier dictionnaire officiel est publié. Ainsi, on fixe la langue, la « bonne » orthographe est décidée et on codifie le vocabulaire. En parallèle, Antoine Furetière (1619 – 1688) publie son « Dictionnaire universel » en 1690. Au XVIIIe siècle, paraissent des dictionnaires encyclopédiques comme « L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers » de Denis Diderot (1713 – 1784), de Jean Le Rond d’Alembert (1717 – 1783) et Louis de Jaucourt (1704 – 1780), qui décrivent non seulement les mots, mais le savoir humain. Les dictionnaires et encyclopédies vont se multiplier durant les siècles suivants. Aujourd’hui, le papier est petit à petit remplacé par le numérique.
Drageoir : Le drageoir apparaît au XIVe siècle en Occident. Il se développe surtout aux XVe et XVIe siècles, dans les milieux aristocratiques et bourgeois aisés. Le drageoir est un récipient, souvent en métal précieux, destiné à contenir des dragées, c’est-à-dire des amandes ou des graines enrobées de sucre. Au Moyen Âge et à la Renaissance, le sucre est un produit rare et coûteux, offrir des dragées est un signe de prestige, le drageoir devient un objet d’apparat. Il est posé sur la table lors des banquets ou présenté aux invités à la fin du repas. Il sert à la fois à offrir une douceur et à afficher la richesse du maître de maison. Dans les cours princières, le drageoir participe à la mise en scène du pouvoir. Comme l’orfèvrerie ou la vaisselle d’argent, il montre le rang social. Peu à peu, l’objet se transforme, mais l’idée demeure : offrir des douceurs sucrées lors des grands événements, mariages ou baptêmes. Le drageoir médiéval est donc l’ancêtre lointain de nos boîtes à dragées modernes.
Dressoir : Le dressoir apparaît au XIVe siècle. Il se développe surtout aux XVe et XVIe siècles, dans les demeures seigneuriales et les maisons bourgeoises. Le dressoir est un meuble à étagères destiné à exposer la vaisselle précieuse. Au Moyen Âge, la richesse d’un seigneur ne se cache pas. Elle s’exhibe. Le dressoir sert donc à présenter des plats en argent, des hanaps, des aiguières ou des pièces d’orfèvrerie. Plus le dressoir comporte de gradins, plus le rang social est élevé. Dans les grandes salles de banquet, il devient un véritable symbole de prestige. Son nom vient du verbe dresser, au sens de disposer, arranger. On y « dresse » la vaisselle avant le service. À la Renaissance, le meuble devient plus travaillé, sculpté, décoré. Peu à peu, avec l’évolution de la salle à manger et des buffets fermés, sa fonction d’apparat s’atténue. Mais l’idée reste la même : le mobilier n’est pas seulement utilitaire. Il raconte le statut social et les goûts de son propriétaire. À partir du XVIIe siècle, sa fonction change avec la transformation des intérieurs et des usages domestiques, mais le meuble subsiste sous des formes adaptées jusqu’à aujourd’hui.
E, F
Fer à cheval : Dans l’Antiquité, les chevaux portaient des hipposandales. Ce sont des sortes de sandales métalliques ou de cuir fixées avec des lanières autour du sabot pour le protéger. Ces solutions restent provisoires et peu pratiques. Le vrai fer à cheval, fixé directement sur le sabot avec des clous, apparaît en Europe entre les IXe et le Xe siècle. Cette pratique est mise au point par des cavaliers nomades en Sibérie. Les fers permettent ainsi de protéger le sabot, d’éviter les blessures, de travailler plus longtemps et de supporter des charges plus lourdes. Le métier de maréchal-ferrant se développe alors très vite. A partir du XIe siècle, le fer à cheval joue un rôle décisif dans la cavalerie lourde, il augmente l’efficacité de l’agriculture et facilite le commerce et ses déplacements. Au XVIe siècle, la technique se perfectionne avec l’apparition de fers spécialisés pour la guerre, la traction, le cheval de course, et s’adapte aux terrains boueux ou enneigés. Le fer à cheval devient un porte-bonheur. Cette croyance vient de plusieurs facteurs, la valeur du fer (le métal « magique » contre les mauvais esprits), du rôle vital du cheval et d’une légende médiévale de Saint Dunstan piégeant le diable avec un fer à cheval.
Fer à repasser : Défroisser les tissus n’est pas une nouveauté moderne. Déjà en Chine, on utilise des bassinoires en bronze remplies de braises pour chauffer les tissus. Durant l’empire romain et tout le Moyen-Age, on emploie des galets chauffés, des battoirs à linge ou encore des plaques métalliques chauffées au feu pour lisser. A partir du XVIe siècle, se développe ce qu’on appelle le fer à repasser plein. C’est un bloc de fer forgé posé directement sur le feu pour le chauffer puis manipuler rapidement avant qu’il ne refroidisse. On en utilisait souvent plusieurs à la fois, pendant qu’un fer sert, les autres chauffent. Au XVIIe siècle, une grande innovation domestique soulage les repasseuses, le fer à braises. C’est un fer creux, dans lequel on place des braises ardentes ou du charbon. Si on gagne du temps en évitant les va-et-vient à la cheminée, ce fer est lourd, dangereux et salissant. Certains modèles possèdent même une petite cheminée pour laisser s’échapper la fumée. L’électricité révolutionne le fer à repasser. C’est vers 1882 qu’un premier modèle de fer électrique apparaît aux États-Unis, puis en Europe vers le XXe siècle. Certes, il n’est pas encore démocratisé et reste l’utilisation dans les milieux aisés. Les progrès vont être rapides avec le thermostat dans les années 1920-30, puis la vapeur dans les années 1950.
Fillettes : Les fillettes ou petites filles sont des cages métalliques étroites dans lesquelles certains prisonniers étaient enfermés sous le règne de Louis XI (1423 – 1483). Ces cages sont en bois renforcé de fer ou entièrement métalliques. Elles sont très exiguës empêchant ainsi de se tenir debout ou couché. Elles peuvent être suspendues ou installées dans certaines forteresses royales. Elles sont surtout utilisées sous le règne du Louis XI. Roi, méfiant et obsédé par la trahison, il y enferme ses ennemis politiques, les personnages soupçonnés de complots ou les prisonniers « dangereux ». Le cas le plus célèbre est le cardinal Jean de la Balue (1421 – 1491), ancien conseiller, emprisonné pendant onze ans dans une de ces cages.
Fontaine : La fontaine dans les demeures apparaît dès le XIIe siècle dans les châteaux et maisons seigneuriales. Elle se développe davantage aux XIVe et XVe siècles, notamment dans les résidences aristocratiques et urbaines aisées. Au Moyen Âge, la fontaine domestique est un aménagement précieux. L’eau courante est rare. Disposer d’un point d’eau à l’intérieur ou dans la cour d’une demeure est un signe de confort et de richesse. Elle sert à se laver les mains avant et après le repas, rincer la vaisselle et assurer certains usages domestiques. Dans les grandes salles, une fontaine murale ou un bassin permet aux convives de pratiquer le lavage rituel des mains avant le banquet. L’hygiène, contrairement aux idées reçues, est une préoccupation réelle. Dans les châteaux, certaines fontaines sont reliées à des systèmes ingénieux de captage d’eau par gravité. À la Renaissance, la fontaine devient aussi un élément esthétique. Elle orne les cours intérieures et symbolise le raffinement. Ainsi, la fontaine domestique médiévale n’est pas seulement pratique. Elle est un marqueur social et un signe de maîtrise technique. Elle ne disparaît pas. Son usage évolue à partir du XVIIe siècle avec les progrès de l’adduction d’eau et l’aménagement des réseaux hydrauliques modernes. Elle devient alors davantage décorative que strictement utilitaire.
Forceps obstétricaux : Accoucher, c’est risquer sa vie. C’est un problème majeur quand le bébé ne descend pas. On parle aujourd’hui de dystocie (accouchement difficile). À l’époque, cela signifie souvent de mort du bébé, parfois mort de la mère et ce sont des interventions destructrices sur le fœtus pour sauver la mère. Les chirurgiens cherchent donc une solution.
L’invention est attribuée à la famille Chamberlen, des chirurgiens d’origine française installés en Angleterre. Ils gardent le secret pendant presque un siècle. Ils transportent l’instrument dans un coffre fermé. Ils font sortir tout le monde de la pièce avant de l’utiliser. Même les sage-femmes ne savent pas comment il fonctionne. Une stratégie commerciale redoutable. Le forceps est composé de deux branches métalliques courbées adaptées à la forme de la tête du bébé. On les introduit séparément dans le bassin. On les assemble autour de la tête. Puis on exerce une traction douce. C’est une pince… mais pensée pour protéger le crâne du nouveau-né. Les premiers modèles sont lourds, peu ergonomiques et sans système de verrouillage perfectionné. Ils évolueront au XVIIIe siècle. Le secret finit par être découvert à cette même période. En France, des accoucheurs célèbres développent leurs propres modèles. L’obstétrique devient une spécialité médicale masculine, ce qui modifie profondément le rôle traditionnel des sage-femmes. En 1813, on découvre des forceps cachés dans les planchers d’une ancienne maison des Chamberlen.
Fourchette : La fourchette apparaît en Occident au XIe siècle, d’abord en Italie et dans l’Empire byzantin. Elle reste longtemps rare. Son usage commence à se diffuser plus largement aux XVIe et XVIIe siècles. À l’origine, la fourchette est un petit ustensile à deux dents, utilisé pour saisir les aliments. Au Moyen Âge occidental, on mange surtout avec les doigts, le couteau ou la cuillère. L’introduction de la fourchette suscite parfois méfiance et moqueries. Certains la jugent inutile, voire affectée. C’est en Italie, notamment dans les milieux aristocratiques, que son usage se développe d’abord. En France, elle commence à s’imposer à la Renaissance, notamment sous l’influence des usages italiens. Elle présente plusieurs avantages éviter de se brûler les doigts, manipuler les aliments plus proprement et accompagner l’évolution des règles de civilité Au XVIIe siècle, avec le raffinement croissant des manières de table, la fourchette devient un symbole de bonne éducation. Petit objet, grande révolution des habitudes alimentaires. Elle ne disparaît pas. Elle devient progressivement un couvert indispensable à partir du XVIIIe siècle et reste utilisée jusqu’à aujourd’hui.
Freiseau : Le freiseau apparaît au Moyen Âge, probablement entre le XIIe et le XIIIe siècle, dans le contexte des métiers du bois. Le freiseau est un outil tranchant utilisé principalement dans le travail du bois. Il appartient à la grande famille des outils de coupe, proches de l’herminette ou du doloire. Il sert à dégrossir une pièce de bois, façonner des surfaces et ajuster des éléments dans la construction. Il est employé par les charpentiers, les tonneliers et les artisans du bois. Dans une société médiévale où le bois est omniprésent (maisons, meubles, tonneaux, outils), ce type d’instrument est indispensable. Le freiseau permet un travail précis tout en restant robuste. C’est un outil du quotidien artisanal, loin des armes et des fastes seigneuriaux, mais essentiel à la vie économique. Avec la révolution industrielle et l’apparition des rabots métalliques perfectionnés, puis des machines-outils, ce type d’instrument traditionnel disparaît progressivement. Il décline progressivement au XVIIIe avec l’amélioration des outils spécialisés et la mécanisation du travail du bois.
G
Globe terrestre : Au VIe – IVe siècle avant Jésus-Christ, les savants grecs (Parménide, Pythagore, Aristote) défendent l’idée d’une Terre ronde. Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, Ératosthène mesure presque exactement la circonférence terrestre. On attribue au philosophe Crates de Mallos (vers 150 avant Jésus-Christ) la création d’un des premiers globes terrestres connus, aujourd’hui disparu. Au Moyen-Age, la carte dominante est la « mappa mundi », symbolique et religieuse, mais pas adaptée à un globe. La croyance selon laquelle les hommes du Moyen-Age croyaient que la Terre était plate est une légende qui s’enracine à partir du XIXe siècle. Cette légende serait même antérieure puisqu’elle apparaît dès les XVIIe et XVIIIe siècle. Le véritable essor du globe terrestre commence avec les grandes découvertes, le besoin de cartes fiables et la redécouverte scientifique de l’Antiquité. Le plus ancien globe conservé date de 1492. Martin Behaim (1459 – 1507) réalise à Nuremberg, « l’Erdapfel » (pomme de terre), fabriqué juste avant la découverte de l’Amérique, elle ne figure donc pas sur le globe. A partir du XVIe siècle, les grandes figures cartographiques entrent en scène. Gerhard Mercator (1512 – 1594) modernise la cartographie et produit des globes et des cartes. Les ateliers néerlandais (Blaeu, Hondius) dominent le marché. Les globes deviennent des instruments scientifiques, des objets d’étude et des symboles de prestige dans les bibliothèque et cabinets savants. A la même époque apparaissent les paires de globes, terrestre et céleste. Au XVIIIe siècle, les progrès géographiques améliorent leur exactitude, ils se démocratisent et deviennent courants dans les écoles, les universités et chez les élites cultivées.
Gomme : Avant l’invention de la gomme, pour effacer, on se servait de pain rassis, roulé en boule pour absorber les traces du graphite, de morceaux de caoutchouc naturel (très rare) ou même parfois de pierres ponces pour gratter le papier. La découverte du latex issu des hévéas d’Amérique du Sud va bouleverser les habitudes. Les Européens le découvrent au XVIe siècle, mais c’est au XVIIIe siècle qu’on comprend son usage pour effacer. En 1770, la première gomme fait son apparition. L’inventeur britannique Joseph Priestley (1733 – 1804) remarque que le caoutchouc efface parfaitement les marques de graphite. Un marchand londonien, Edward Nairne (1726 – 1806) commercialise alors les premières gommes en caoutchouc, elles sont très coûteuses et fragiles. Avant 1839, la gomme durcit, moisit et devient collante. Elle n’est pas encore un objet fiable. En 1839, Charles Goodyear (1800 – 1860) découvre la vulcanisation (chauffage du caoutchouc avec du soufre). La gomme moderne est née, le caoutchouc devient solide, souple et durable. Au XIXe siècle, les gommes, bi-couleurs (partie blanche pour le crayon, partie bleue, plus abrasive) deviennent courantes dans les écoles.
Guillotine : Avant la guillotine, d’autres dispositifs similaires existaient déjà, au Moyen-Age ; en Italie, la mannaia, en Allemagne, la fallbeil ou en Ecosse, le maiden. On utilisait des machines à lame tombante. La naissance officielle est lors de la Révolution française afin de rendre la justice plus égalitaire… Le 1er décembre 1789, le docteur Joseph-Ignace Guillotin (1738 – 1814), député, propose un système mécanique censé être plus humain et moins cruel bien qu’il ne l’ait pas inventé lui-même. La machine est conçue par un chirurgien Antoine Louis (1723 – 1792), d’où le nom parfois utilisé de « louisette », avec le constructeur Tobias Schmidt (1768 – 1821). La première exécution à lieu le 25 avril 1792 à la place de Grève à Paris. Elle devient un instrument central de la politique révolutionnaire. Après la Révolution, la guillotine reste la méthode officielle d’exécution en France. La dernière exécution publique a lieu en 1939 pour Eugen Weidmann, tueur en série allemand (1908 – 1939) et la dernière exécution en France se déroule en 1977, Hamida Djandoubi, accusé de viol, de torture et de meurtre sur son ancienne compagne. La guillotine disparaît définitivement avec l’abolition de la peine de mort en 1981, loi portée par M. Robert Badinter (1928 – 2024). Elle reste un symbole de la Révolution française.
Harnais : Le harnais des chevaux de trait connut de multiples évolutions : l’attelage classique de l’Antiquité, le collier de cou du VIe siècle, le collier d’épaule du IXe siècle. S’appuyant sur les épaules du cheval, le collier d’épaule permet de déployer plus de puissance, par exemple pour tirer une charrue à soc.
Horloge : Sous les Mérovingiens, seul le cadran solaire, hérité des Romains, permet de connaître l’heure. Le temps est mesuré par les cloches des églises. Avec les Carolingiens, on commence à voir les premiers mécanismes basés sur des poids, des engrenages simples et des systèmes de sonnette. Ce ne sont pas encore des « horloges » comme nous l’entendons. Elles ne donnent pas l’heure exacte, mais déclenchent des sonneries approximatives. Le véritable art de l’horlogerie fut fondé le jour où l’échappement et le poids mort agissant comme moteur sur une roue fut inventés. On en attribue l’invention au Français Gerbert d’Aurillac (vers 938 – 1003), qui fut pape sous le nom de Sylvestre II en 991. Il exécute la célèbre horloge de Magdebourg. En fait, l’horloge à poids dérive des perfectionnements apportés aux clepsydres et aux sabliers par les Arabes, qui surent utiliser des systèmes de poids et de contrepoids. En 1283, les premières horloges mécaniques voient le jour à Londres. Au XIIe siècle, le contrepoids devient moteur à la cour de France. Vers 1280, c’est l’apparition des horloges mécaniques publiques, installées sur les beffrois, les églises et les cathédrales. Elles fonctionnent grâce à l’échappement à verge et foliot (vers 1300). Le temps devient mesurable de manière régulière mais les horloges sont énormes, impossibles à transporter et donnent souvent une heure approximative au quart d’heure près. Au XIVe siècle, les horloges quittent peu à peu les cloîtres et les villes se dotent d’horloges publiques sur les tours communales, les hôtels de ville et les portes urbaines. Pour la première fois, tous les habitants entendent le même temps. Au XVe siècle, une grande nouveauté apparaît, le cadran avec aiguille. Il y a alors une seule aiguille (celle des heures), les chiffres sont romains et elles sont soit peintes soit sculptées. Elles se peaufinent avec les horloges astronomiques qui indiquent les phases de la lune et les mouvements des planètes. A la même période, l’horloge à balancier permet de diminuer sa taille. Dorénavant, l’horloge peut être posée. Au XVIe siècle, les mécanismes s’améliorent avec des roues mieux taillées, un ressort moteur. Les horloges débarquent dans les foyers. Le XVIIe siècle, marque un tournant scientifique avec l’invention de l’horloge pendule avec Christian Huygens (1629 – 1695), l’horloge devient plus précise (mesure des minutes puis des secondes). Dès le XVIIIe siècle, les horloges se répandent partout, manufactures, gares, écoles, casernes… Avec le chemin de fer, c’est la synchronisation des horloges et la naissance de l’heure légale. Le temps n’est plus vécu mais imposé. Au XXe siècle, on passe de la mécanique à l’électronique. Dans les années 1930 – 1950, c’est l’apparition du quartz. Les horloges cessent d’être des merveilles mécaniques, elles deviennent invisibles et intégrées partout.
I, J
Journal : Durant le Moyen-Age, des feuilles d’informations, des lettres marchandes ou des chroniques manuscrites circulent mais le journal « moderne » nait avec l’imprimerie. En 1605, le premier journal imprimé connu, la « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien » est lu à Strasbourg. Au XVIIe siècle, en 1631, en France Théophraste Renaudot (1586 – 1653) fonde « La Gazette », premier véritable journal français. Au XVIIIe siècle, les journaux se multiplient mais restent soumis à la censure. Ils jouent un rôle crucial dans la diffusion des idées des Lumières. En France, à la Révolution, la liberté de la presse devient un enjeu politique majeur. Au XIXe siècle, c’est l’âge d’or de la presse. Les tirages sont massifs grâce aux rotatives. Le coût baisse et la population s’alphabétise. La presse devient populaire. C’est la naissance de la presse d’opinion et de la presse d’information. Au XXe siècle, la presse domine la vie politique et culturelle. Elle coexiste ensuite avec la radio puis la télévision. Au XXIe siècle, c’est le déclin des tirages papier dans beaucoup de pays, on observe une mutation avec le numérique (presse en ligne, blogs, réseaux sociaux).
Jumelles : Leur histoire suit l’évolution des techniques optiques depuis l’invention de la lunette. On part de l’invention de la lunette astronomique en Europe entre 1608 – 1609, par Hans Lipperhey (1570 – 1619) puis Galilée (1564 – 1642). Très vite, on imagine utiliser deux lunettes côte à côte pour une vision binoculaire mais la précision optique est encore limitée. Au XVIIe siècle, ce sont les premières tentatives binoculaires. On fabrique des lunettes jumelées rudimentaires. Ce sont des instruments coûteux, fragiles et peu répandus. Ils restent surtout des curiosités scientifiques. Les vraies jumelles modernes naissent au XIXe siècle. Entre 1825 et 1850, on note une amélioration des lentilles et de la mécanique. En 1854, l’italien Paolo Ignazio Pietro Porro (1801 – 1875) met au point un système de prismes permettant de redresser l’image et de raccourcir l’instrument. Les grandes marques optiques européennes développent des jumelles fiables et portatives. Les jumelles deviennent un outil militaire important. Fin XIXe siècle, les jumelles sont diffusées de façon massives.
K, L
Lanterne : La lanterne de type escarboucle apparaît au XIIIe siècle en Europe occidentale. Le terme escarboucle désigne à l’origine une pierre précieuse rouge supposée briller dans l’obscurité. Par extension, au Moyen Âge, il peut désigner une lanterne. L’escarboucle est une lanterne portative. Elle est composée d’une armature en métal, de parois en corne translucide ou en parchemin huilé, d’une bougie ou d’une petite lampe à huile à l’intérieur. Le verre est encore coûteux et fragile. On utilise donc des matériaux qui laissent passer la lumière sans se briser facilement. Elle est utilisée par les gardes de nuit, les voyageurs, les moines et les habitants des villes. Elle permet d’éclairer les rues, de circuler la nuit, de surveiller les remparts et d’entrer dans une église sombre. Mais son éclairage reste faible. La nuit médiévale demeure largement obscure. À partir du XVIe siècle, la production de verre progresse. Les systèmes d’éclairage s’améliorent. Les lanternes deviennent plus efficaces et plus résistantes.
Lave-linge : Jacob Christian Schäffer (1718 – 1790) est souvent cité comme l’un des premiers à imaginer une machine pour laver le linge vers 1765. Le principe est simple. A l’aide d’une manivelle, on fait tourner le linge dans de l’eau savonneuse, et on l’essore entre des rouleaux. En 1797, l’Américain Nathaniel Briggs dépose le premier brevet pour une machine à laver mécanique. Il développe une machine à tambour rotatif actionné à la main. En 1858, Hamilton Smith perfectionne un modèle de tambour qui tourne dans les deux sens, améliorant le nettoyage. En 1907, avec l’arrivée de l’électricité, une machine à laver électrique, appelée « thor » est développé par la Hurley Electry Laundry Equipment Company à Chicago. En 1910, le brevet d’Alva J. Fisher pour cette machine est officiellement délivré. Cependant, ces modèles ne comportent pas encore de système d’essorage. Dès les années 1920, apparaissent des machines à moteur plus fiables et plus répandues avec des essoreuses intégrées. Après la deuxième guerre mondiale, les lave-linges progressent et se démocratisent.
Lunettes : Il y a près de deux mille ans, le philosophe romain Sénèque (entre 8 avant Jésus-Christ et 1 – 65) remarqua que, lorsqu’il observait un objet à travers un globe de verre rempli d’eau, celui-ci paraissait agrandi. Bien plus tard, le savant arabe Al-Hazem ou Alhazen (965 – 1040) étudie ce phénomène à l’aide d’une pierre transparente appelée cristal de roche. Au XIIIᵉ siècle, ses recherches inspirèrent le philosophe anglais Roger Bacon (vers 1220 – 1292), qui imagine fabriquer des « pierres de lecture » en verre. Enfin, un physicien italien, Salvino degli Armati (1258 – 1317), a l’idée de fixer deux verres taillés sur un support en bois. Ces premières lunettes, qui se pincent sur le nez comme une pince à linge, sont appelées d’abord béricles puis des besicles. En 1286, Robert Grossetête (vers 1175 – 1253) invente les premières lunettes pour presbytes. En étudiant, les lentilles optiques, il comprend comment agrandir les petits objets et rapprocher les plus éloignés. Quant aux myopes, il faut attendre la fin du XVe siècle pour qu’apparaissent enfin les verres concaves susceptibles d’améliorer leur vision défaillante. En 1604, Johannes Kepler (1571 – 1630) explique scientifiquement la formation de l’image sur la rétine et le rôle optique des lentilles. A partir de là, la fabrication des lunettes devient progressivement plus rationnelle et plus précise. Au XVIIIe siècle, les branches apparaissent. C’est un opticien londonien, Edward Scarlett (1688 – 1743) à qui on attribue cette idée. A la fin du XVIIIe siècle, les verres à double foyer (bifocaux) font leur apparition. Ils sont mis au point vers 1784 par Benjamin Franklin (1706 – 1790). A partir du XIXe siècle, avec l’industrialisation, ils sont fabriqués en série et les verres deviennent plus réguliers et plus fiables.
Lunettes astronomiques : La lunette astronomique dérive d’un instrument plus simple, la lunette d’observation terrestre. Vers 1608, aux Pays-Bas, des artisans lunetiers assemblent une lentille convergente et une lentille divergente pour grossir des objets lointains. L’instrument n’est pas encore destiné au ciel. En 1609, Galilée (1564 – 1642) apprend l’existence de ces lunettes et en fabrique lui-même des versions améliorées. C’est lui qui, le premier, utilise la lunette comme instrument astronomique. La lunette devient alors un instrument scientifique majeur. On parle aujourd’hui, de lunette « galiléenne ». Elle est constituée d’un objectif convergent et d’un oculaire divergent. Au XVIIe siècle, un problème survient, les couleurs ne convergent pas au même point, ce qui donne des images floues et colorées. Pour réduire ce défaut, les astronomes fabriquent des lunettes avec des focales de plus en plus longues pouvant atteindre 10, 20 mètres, voire plus. Vers 1733, en Angleterre, Chester Moor Hall (1703 – 1771) met au point un objectif composé de deux types de verre différents. Le but est de corriger la dispersion des couleurs. Cette invention est reprise et industrialisée par John Dollond (1706 – 1761) à partir de 1758. On parle alors de lunettes achromatiques, l’image est plus nette, les instruments plus courts et les performances bien meilleures. Le XIXe siècle est l’âge d’or des grandes lunettes avec l’amélioration de la verrerie, de la taille des lentilles et de la mécanique. A partir de la fin du XIXe siècle, ce sont les télescopes à miroir qui prennent le relais pour les très grands instruments.
M
Matelas pneumatique : Déjà durant l’Antiquité, l’homme utilise des peaux ou des vessies animales gonflées d’air pour flotter sur l’eau ou amortir des chocs. Au XVe siècle, le « lit à vent », tel qu’il est appelé à cette époque, est fait de toile cirée imperméable et muni d’une valve tels ceux d’aujourd’hui. Il permet au chasseur embusqué de se garantir contre la rudesse du sol ou de son humidité. Au XVIIe siècle, apparaissent les premières expériences avec des ballons et vessies gonflées. On commence à imaginer des coussins gonflables comme support et des surfaces d’air servant pour l’inconfort ou l’assise. Au XIXe siècle, l’air comprimé est de plus en plus maîtrisé. On invente des pompes plus efficaces. L’industrie commence à produire des objets gonflables pour le sport, la navigation… Mais l’idée de surface gonflable pour dormir n’est pas encore répandue. Vers 1920 – 1930, certaines entreprises expérimentent des matelas à air pour les lits d’hôpitaux. Il faut attendre 1950 – 1960 avec les progrès du plastique (vinyle et PVC) pour voir les matelas pneumatiques dans les foyers domestiques.
Meule à affûter : Dès la préhistoire, les humains affûtent silex et outils sur des pierres naturelles. Dans l’Antiquité, on développe des pierres d’affûtage plus spécialisées (blocs manuels, pierres de grès ou d’ardoise) parfois déjà montés en systèmes rudimentaires pour faciliter la rotation avec l’eau. La naissance de la meule tournante date du Moyen-Age. C’est une meule circulaire montée sur un axe actionnée à la main, au pied (pédale ou manivelle) et parfois par une roue hydraulique. Le grès et les pierres abrasives locales sont les matériaux les plus utilisés. On peut affûter couteaux, outils agricoles, armes et outils de forge. Au XVIIIe siècle, les ateliers se mécanisent. Les meules sont d’abord entraînées par des machines à vapeur puis par des moteurs mécaniques. Les métiers de rémouleurs itinérants sont très répandus en ville comme à la campagne. Au XXe siècle, les meules artificielles se servent d’abrasifs industriels (corindon, carbure de silicium) et de liants céramiques ou résinoïdes. Les moteurs électriques permettent un affûtage plus sûr, plus constant et plus précis. Des meules à eau ou à sec sont développées. C’est également l’apparition de la meule diamantée pour les outils très durs.
Miroir : Le premier miroir a été l’usage de l’eau. Les plus anciens miroirs connus proviennent du Moyen-Orient (Turquie, Mésopotamie) et date de 7000 à 4000 ans avant Jésus-Christ. Ce sont des pierres polies (obsidienne, schiste) qui renvoient une image sombre mais réfléchissante. Plus tard, les civilisations développent des miroirs en métal poli (bronze, cuivre, argent). Ils sont surtout des objets de luxe, liés à la beauté, au prestige et parfois au sacré. Le métal poli reste dominant en Europe durant une partie du Moyen-Age. Dès le XIIIe siècle, l’Italie (notamment Venise), commence à fabriquer des miroirs à base de verre soufflé recouvert d’un mélange métallique. Ils sont chers, fragiles et réservés aux nobles et aux riches marchands. A la Renaissance, c’est la naissance du vraie miroir moderne. A Venise, sur l’île de Murano, les verriers mettent au point un verre très clair et lisse, recouvert au dos d’un amalgame d’étain et de mercure. Le miroir devient plus fidèle, plus lumineux et un symbole de raffinement. Les cours européennes se les disputent. Ils décorent palais, galerie et meubles de luxe. Louis XIV fait construire la Galerie des Glaces à Versailles au XVIIe siècle avec du verre de Murano. Au XIXe siècle, en 1835, en Allemagne, le chimiste Justus von Liebig (1803 – 1873) invente un procédé permettant de déposer une couche d’argent sur une plaque de verre. Ce procédé rend la fabrication moins dangereuse (mercure), plus économique et plus précise. Le miroir se démocratise et entre dans les maisons. A partir du XXe siècle, le miroir devient un objet banal.
Montre : Vers 1510, l’horloger allemand Peter Henlein (1485 – 1542) fabrique les premières montres. Ce sont de toutes petites horloges. Il soude un anneau sur le côté pour que les utilisateurs puissent y fixer une chaîne et le porter autour du cou comme un pendentif. Elle fonctionne au ressort-moteur. Elle reste imprécise, erreur de plusieurs heures par jour ! La mode se répand sous François 1er (1494 – 1547) et Henri II (1519 – 1559). Les nobles portent des montres en pendentif très décorées. Ce sont des objets de luxe, des bijoux. A partir du XVIe siècle, la montre devient précise et élégante. En 1675, Christian Huygens (1629 – 1695) invente le ressort spiral. Les montres deviennent plus plates, plus régulières et mieux décorées. Au XVIIIe siècle, la montre moderne apparaît. Les progrès majeurs sont l’amélioration des échappements, le montage à pierres pour réduire l’usure, la première seconde visible sur certaines montres et le début des montres de poche. Elles deviennent fiables. Symbole de statut social, les bourgeois aisés l’adoptent.
N
Nef : La nef d’orfèvrerie apparaît au XIVe siècle. La nef est un objet de luxe en forme de navire. Elle est réalisée en métal précieux, argent, argent doré et parfois ornée d’émaux et de pierres. Elle est placée sur la table des princes et des grands seigneurs. Elle n’est pas décorative seulement. Elle peut contenir des épices, du sel, des couverts mais aussi des objets personnels. Dans certains cas, elle sert de coffre miniature fermé à clé. Le navire symbolise le pouvoir, la richesse, le commerce et l’ouverture sur le monde. À la fin du Moyen Âge, posséder une nef d’orfèvrerie, c’est afficher son prestige. Sur les tables princières des ducs de Bourgogne ou des rois de France, elle devient un véritable centre visuel. Son usage décline au XVIIe siècle, avec l’évolution des arts de la table et des goûts aristocratiques.
O, P
Parapluie : Le plus ancien parapluie a été inventé par l’empereur chinois Wang Mang (vers 45 avant Jésus-Christ – 23), il y a deux mille ans. Son parapluie articulé était avant tout un parasol. Le parapluie utilisé dans l’Antiquité est une ombrelle pour protéger les puissants. Elle est souvent lourde, construite en bois, en tissu ou en plumes. Elle représente la dignité et la royauté. Seuls les souverains, prêtres ou hauts dignitaires peuvent en avoir. Dans la Chine ancienne, certaines ombrelles sont même pliantes. Le parapluie arrive en Europe vers le XVIIe siècle. Il est d’abord utilisé par les femmes. Souvent il est appelé « ombrelle » pour le soleil et « parapluie » pour la pluie. Et les hommes ! Jonas Hanway (1712 – 1786), voyageur anglais, ose se promener avec un parapluie. Tout d’abord, moqué, les hommes finissent par l’adopter. Au XIXe siècle, les progrès techniques le transforment. On remplace le bois massif par des structures plus légères, des baleines en acier sont mises en place, le mécanisme est plus solide et le tissu imperméable. Il devient un accessoire de mode. Les dames utilisent encore des ombrelles raffinées contre le soleil tandis que les messieurs portent le parapluie comme canne et protection. Dès le XXe siècle, l’objet se démocratise et devient universel.
Pascaline : La pascaline est inventée en 1642 par Blaise Pascal. La pascaline est une machine à calculer mécanique. Elle permet d’effectuer des additions et des soustractions. Elle fonctionne grâce à un système de roues dentées. Chaque roue correspond à un chiffre. Quand une roue dépasse 9, elle entraîne la suivante. C’est le principe de la retenue, exactement comme dans nos calculs à la main. Mais elle reste coûteuse, fragile et difficile à fabriquer. Seules une vingtaine d’exemplaires sont réalisés. La pascaline n’est donc pas un objet courant. C’est une innovation technique majeure, mais réservée à une élite. Elle marque cependant une étape importante dans l’histoire des machines à calculer, bien avant l’informatique. Elle est progressivement remplacée au XVIIIe siècle par d’autres machines à calculer plus perfectionnées.
Pièges à souris : Durant l’époque Mérovingienne et Carolingienne, les méthodes pour piéger les souris sont simples. On utilise des jarres ou des pots retournés avec un appât à l’intérieur. On fabrique des fosses ou des trous où la souris tombe. On façonne des pièges à bascule faits de bois. On utilise des colles naturelles (résines, goudrons). Le piège principal reste le chat. C’est surtout la domestication du chat (héritée du monde romain) qui sert à contrôler les souris. Sous les Capétiens avec le métal et les forgerons, les pièges évoluent un peu. On trouve des pièges à porte tombante, des boîtes à déclenchement par ficelle, des pièges en grillage ou en fil de fer simple. Ce sont des pièges à capture vivante ou à capture simple. Dès le XIVe siècle, les premiers pièges à mécanisme métallique apparaissent. Le travail du métal permet de fabriquer des ressorts rudimentaires, des arceaux métalliques et des pièges à mâchoires pour petits nuisibles. Avec l’essor des villes, les nuisibles deviennent un vrai problème, des artisans se spécialisent. C’est sous les Bourbons que les pièges à souris deviennent proches des versions actuelles. Les mécanismes à ressorts sont plus puissants, les mâchoires en fer s’actionnent par une détente, les pièges à arc-boutant ou anneau métallique se referment sur la souris. Au XVIIIe siècle, le principe du piège à ressort se déclenche avec une barre métallique, une fois l’animal appâté. Un mécanisme de détente est attesté avant la Révolution mais il n’a pas encore une forme standardisée. C’est seulement, au XIXe siècle qu’apparaît le piège moderne à claquement. Il est breveté en 1894 par William C. Hooker.
Pilori : Des formes d’exposition publique existent déjà dans l’Antiquité, chez les Romains notamment, mais le pilori tel qu’on le connaît apparaît surtout au Moyen-Age. Il est souvent installé sur la place centrale d’une ville, église, hôtel de ville ou marché. Du XIIIe siècle au XVIIIe siècle, il est largement répandu en Europe. Souvent construit en bois, parfois en pierre, il comporte un système pour immobiliser la tête et les mains. Son but est principalement une punition d’humiliation publique. Les condamnés sont exposés pendant plusieurs heures, parfois jours. Il sanctionne les petits vols, les escroqueries, les injures, les troubles à l’ordre public, les délits moraux… Pendant l’exposition, la foule peut se moquer, jeter des déchets, insulter ou ridiculiser le condamné. Le pilori est officiellement abandonné au XIXe siècle car il est jugé inhumain et contraire à une justice plus « moderne ».
Potager : Deux innovations apparues à la Renaissance transforment profondément les conditions techniques de la cuisine : le tournebroche mécanique et le potager. Ce nouveau dispositif de cuisson s’impose progressivement durant l’époque moderne. Le potager est un aménagement maçonné, installé à hauteur d’appui et parfois recouvert de carreaux, sur lequel sont fixés des réchauds alimentés par de la braise ou du charbon de bois. Contrairement au foyer ouvert de la cheminée, il permet de limiter la consommation de combustible en concentrant la chaleur directement sous les récipients. Pour la première fois dans l’histoire des techniques culinaires occidentales, un même plan de cuisson offre plusieurs foyers de puissance différente. Le cuisinier peut ainsi mener simultanément diverses préparations : maintenir un plat au chaud, faire frire, laisser mijoter ou encore fricasser. L’usage du potager est également moins éprouvant physiquement que celui de la cheminée : le cuisinier travaille debout, dans une posture plus confortable, et, grâce à la fenêtre prévue pour l’évacuation des fumées et du monoxyde de carbone, il peut observer plus facilement le contenu des casseroles, poêles et autres ustensiles. Au XVIIIᵉ siècle apparaissent des potagers portatifs en fonte, qui deviendront au siècle suivant un véritable symbole de la cuisine bourgeoise.
Prie-Dieu : Le prie-Dieu apparaît à la fin du XVe siècle. Il se développe surtout aux XVIe et XVIIe siècles, dans les milieux aristocratiques et bourgeois. Le prie-Dieu est un petit meuble destiné à la prière. Il se compose généralement d’un agenouilloir rembourré, d’un petit pupitre incliné et parfois d’un compartiment pour un livre de prières. On s’agenouille sur le coussin. On pose les mains ou le livre sur le pupitre. Il est utilisé dans les chapelles privées, dans les chambres, dans les églises. À l’époque moderne, posséder un prie-Dieu chez soi montre l’importance de la dévotion personnelle. Il s’inscrit dans le développement d’une piété plus intime, surtout après le XVIe siècle et les réformes religieuses. Dans les églises, des rangées d’agenouilloirs remplissent la même fonction. Il ne disparaît pas. Son usage décline à partir du XIXe siècle dans les intérieurs privés, mais il reste présent dans les églises et certains foyers jusqu’à aujourd’hui.
Prothèses : Les premières véritables prothèses médiévales apparaissent sous les Capétiens, entre le XIIe et le XIVe siècle. Elles concernent surtout les membres amputés à la suite de guerres, d’accidents ou d’infections. Les conflits féodaux et les croisades multiplient les blessures graves : survivre est déjà un exploit, retrouver une fonction devient un enjeu. Ces prothèses sont généralement en bois, parfois renforcées de métal. Il s’agit le plus souvent de jambes artificielles simples — des pilons articulés ou non — et de mains rudimentaires, parfois équipées d’un système permettant de tenir un objet ou une arme. Elles sont fabriquées par des artisans, souvent des armuriers ou des forgerons.
À la Renaissance, sous les Valois, un tournant majeur se produit avec le chirurgien Ambroise Paré. Il conçoit des prothèses plus élaborées, notamment des mains articulées avec ressorts et des jambes mécaniques avec système de verrouillage au genou. On passe d’un simple appui à une véritable recherche de mobilité. Sous les Bourbons, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les prothèses continuent de se perfectionner. Les matériaux s’améliorent, les articulations deviennent plus fonctionnelles, mais elles restent lourdes et réservées aux milieux aisés ou aux soldats soutenus par l’État.
Q
Quarrel : Son usage apparaît au cours du Moyen Âge central, vers le XIIe siècle. Le quarrel est un coussin épais, souvent carré, posé au sol. Il sert à isoler les pieds du froid, surtout dans les châteaux et demeures aux sols en pierre. À une époque où les pièces sont peu chauffées, ce simple objet améliore nettement le confort. Il peut être en tissu épais, en cuir, parfois garni de paille, de laine ou de crin. Dans les milieux nobles, il devient aussi un marqueur social. Il accompagne les sièges d’apparat, il souligne la position élevée de la personne assise et il participe à l’esthétique de l’espace. Il reste en usage jusqu’au XVIIe siècle environ, avant d’être progressivement remplacé par des formes plus élaborées de mobilier (tabourets bas, marchepieds intégrés, mobilier capitonné plus confortable).
R
Rabot : Les formes les plus anciennes de rabots apparaissent déjà chez les Romains qui en utilisent en bois avec une semelle, une ouverture et une lame métallique maintenue par une calle. Au Moyen-Age, le rabot devient indispensable en menuiserie, en charpente et en ébénisterie. Les rabots sont presque entièrement en bois, avec une lame forgée à la main. Ils existent différentes tailles selon les usages, aplanir, ajuster et arrondir. Cependant cet outil est mal aimé à cette période, on le trouve félon. Jean sans peur (1371 – 1419), duc de Bourgogne, le prend comme emblème. Il aurait adopté cet emblème pour signifier qu’il raboterait le bâton noueux pris comme emblème par son cousin, Louis d’Orléans (1372 – 1407), fils de Charles V (1338 – 1380). Au XVIIe siècle, avec le développement de l’ébénisterie et des arts décoratifs, le rabot se spécialise, on trouve des rabots droits, des guillaumes, des varlopes et des rabots à moulures. Les artisans perfectionnent leur précision. Le rabot devient un symbole du maître menuisier. Au XIXe siècle, le rabot se transforme avec la fabrication industrielle. Métallique, il devient plus solide, plus réglable et plus précis. Des marques célèbres apparaissent, le rabot devient un outil de base dans les ateliers. Au XXe siècle, les outils se perfectionnent avec l’arrivée de l’électricité.
Rasoir : Bien évidemment, personne ne peut se prévaloir d’avoir inventé le rasoir. L’homme s’est toujours rasé, avec des coquillages, des dents de requin puis des lames de bronze. Au Moyen-Age, le rasage est souvent confié au barbier-chirurgien. C’est alors un outil professionnel, proche d’une petite lame de couteau très tranchante. Au XVIIIe siècle, le rasoir droit apparaît, appelé aussi « coupe-chou », il a une lame fixe pliable. Fabriqué en acier, il devient l’outil classique des barbiers et des hommes qui se rasent eux-mêmes. Mais il demande adresse, entretien et affûtage régulier. En 1901, le rasoir de sûreté est inventé par King Camp Gillette (1855 – 1932). Il introduit une lame interchangeable, protégée par un dispositif évitant les coupures graves. Au XXe siècle, les premiers rasoirs électriques rentrent dans les foyers. Ils permettent un rasage rapide sans eau ni savon.
Réverbère : Jusqu’au Moyen-Age, les villes européennes sont plongées dans l’obscurité la nuit. On s’éclaire surtout avec des torches, des lanternes portées à la main et parfois des braséros. La nuit est associée à l’insécurité, aux vols et aux incendies. Le réverbère apparaît en Europe au XVIIe siècle. En 1667, le lieutenant de police Nicolas de la Reynie (1625 – 1709) lance un vaste plan d’éclairage des rues de Paris. On installe alors des lanternes fixes suspendues au-dessus des rues. Ces lanternes fonctionnent avec des chandelles ou de l’huile. Le mot vient du verbe réverbérer (réfléchir la lumière). Les premiers vrais réverbères sont équipés d’un réflecteur métallique derrière la flamme pour renvoyer la lumière vers la rue. Au début du XIXe siècle arrive les réverbères à gaz. La lumière éclaire mieux, reste stable. A Paris, on parle alors de la fameuse « ville lumière ». A cette époque, chaque soir, des agents municipaux passent dans les rues pour allumer les becs de gaz puis à l’aube pour les éteindre. A partir du XIXe siècle, les réverbères électriques apparaissent, puis les ampoules à incandescence. Au XXe siècle, l’éclairage public se développe massivement avec l’urbanisation. Pour diminuer la consommation, au XXe siècle, le réverbère est muni de LED.
Robot : Les premiers ancêtres des robots étaient des automates, c’est-à-dire des personnages animés grâce à des rouages et des leviers. L’inventeur arabe Al-Jazari (1136 – 1206) en aurait fabriqué dès le XIIᵉ siècle. Plus tard, en 1738, le Français Jacques de Vaucanson (1709 – 1782) crée un célèbre canard mécanique capable de manger… et même de faire caca ! En 1961, le tout premier robot industriel fut utilisé pour réaliser des soudures dans une usine automobile aux États-Unis. Quelques années plus tard, en 1970, un robot soviétique devint le premier à quitter la Terre en se posant sur la Lune. Aujourd’hui, les robots sont de plus en plus perfectionnés. Certains assistent les personnes malades, d’autres accomplissent des tâches difficiles ou dangereuses. Mais ils restent, heureusement, de simples machines programmées et contrôlées par les humains.
Rouet à tisser : Pendant des millénaires, on file à la main avec un fuseau. Puis apparaît le rouet, vers la fin du Moyen-Age en Europe, aux alentours du XIIIe siècle, provenant probablement d’Inde. Il permet de fabriquer le fil beaucoup plus vite. Il ne sert pas à faire du tissu mais il est indispensable pour le tissage.
S
Sablier : Le sablier n’existe pas dans l’Antiquité. On utilise des clepsydres (horloges à eau). Bien que l’on en ait certaines représentations probables aux alentours du VIIIe siècle puis du IXe siècle, les sources sont trop ambiguës pour certifier que ce soient des sabliers. L’apparition du sablier est confirmée au début du XIVe siècle. En 1328, on en a la représentation sur un navire. Il est constitué de deux bulbes ou ampoules de verre placés l’un sur l’autre et reliés par un fin tuyau. Les progrès du soufflage du verre ont permis par la suite de les réaliser d’une seule pièce. Les sabliers sont adoptés par les marins pour mesurer les quarts, estimer la vitesse et la distance et calculer la longitude approximative. Ils sont plus fiables que les clepsydres sur un bateau (l’eau se renverse avec les mouvements). Dès cette période, les sabliers se généralisent. On en trouve dans les églises pour mesurer la durée des sermons, dans les ateliers pour chronométrer le travail, dans les cuisines pour la préparation des aliments et dans les cours royales comme objets de prestige. Les sabliers du Moyen-Age ne contiennent pas du sable ordinaire mais de la poudre de marbre, des coquillages concassés et même parfois des grains de métal. Dès le XVIIe siècle, avec l’arrivée des horloges mécaniques améliorées, puis des montres, le sablier cesse d’être utilisé dans le quotidien. Il devient un objet secondaire.
Salière : La salière apparaît dès l’Antiquité, mais son usage se généralise en Europe à partir du haut Moyen Âge, autour du VIIIe–IXe siècle. Elle devient un objet courant sur les tables seigneuriales à partir du XIIe siècle. La salière est un récipient destiné à contenir le sel de table. Au Moyen Âge, le sel est une denrée précieuse. Il sert à conserver les aliments et à relever le goût. Il est parfois surnommé « l’or blanc ». Sur les tables aristocratiques, la salière occupe une place stratégique. Elle peut être posée au centre de la table, placée près du seigneur et richement décorée en or, argent ou ivoire. La position à table dépend même de la salière. Être « au-dessus du sel » signifie être assis près du maître de maison, donc appartenir aux invités d’honneur. Être « au-dessous du sel » marque un rang social inférieur. La salière est donc bien plus qu’un simple objet utilitaire. Elle reflète la richesse, la hiérarchie sociale et le raffinement de la table. À la Renaissance, certaines salières deviennent de véritables œuvres d’art, comme celles réalisées par les grands orfèvres italiens. Elle n’a jamais vraiment disparu. Cependant, son rôle symbolique décline à partir du XVIIIe siècle, lorsque le sel devient plus accessible et moins coûteux.
Savon : En Mésopotamie, vers 2800 – 2200 ans avant Jésus-Christ, on se sert d’un mélange de graisse et de cendres pour traiter la laine et préparer les textiles. En Égypte antique, vers 1500 ans avant Jésus-Christ, le « Papyrus d’Ebers » mentionne des mélanges similaires, employés pour se laver partiellement et soigner certaines affections cutanées. Les bases chimiques sont posées par les Grecs et les Romains vers 800 – 300 ans avant Jésus-Christ. Ils utilisent surtout la poudre abrasive et l’huile raclée lors du bain. Le savon reste marginal. Les Romains connaissent le savon mais l’utilisent comme produit cosmétique et pommade. La naissance du savon moderne naît au VIIe siècle. Les savonniers arabes perfectionnent le procédé de saponification avec des huiles végétales (olive, laurier) et de la soude naturelle. Gallipoli, ville portuaire sur la mer Ionienne dans le sud de l’Italie, a probablement été à l’origine du savon de Marseille. Grâce à ses nombreuses oliveraies et à ses multiples pressoirs souterrains, il commercialise donc dans toute l’Europe une huile d’excellente qualité. L’idée d’ajouter de la soude aux restes des olives qui viennent d’être pressées une première fois permet aux habitants de fabriquer des savons blancs durables et de diversifier leurs activités.
Les centres célèbres apparaissent au Moyen-Age à Alep, puis à Marseille (dès le XIIe siècle) et en Castille (savon très blanc l’huile d’olive). En 1688, l’édit de Jean-Baptiste Colbert (1619 – 1683) ministre de Louis XIV (1638 – 1715) règlemente strictement la fabrication du savon de Marseille. Il se compose de 72 % d’huile d’olive avec l’interdiction des graisses animales. Nicolas Leblanc (1742 – 1806) invente un procédé pour fabriquer de la soude artificielle à grande échelle. Le savon devient moins cher et sa production explose. Au XIXe siècle, on fabrique des savons plus agressifs destinés à la lessive, aux taches difficiles et aux métiers industriels. Dès le XXe siècle, avec l’invention des détergent synthétiques, le savon est remplacé par la lessive, les gels douches et les savons liquides. Le savon solide reste néanmoins populaire comme produit naturel. Aujourd’hui, il y a un regain pour les savons naturels avec des savonneries artisanales, des savions bio sans huile de palme et des savons traditionnelles (Marseille, Alep, Castille).
Sonnerie automatique : Elle apparaît avec l’invention de l’horloge mécanique vers 1280 – 1320. Elle est installée dans les beffrois, les cathédrales et les hôtels de ville. Elle permet de sonner automatiquement les heures avec des marteaux actionnés par des cames qui frappent des cloches selon une cadence programmée. On trouve trace pour la première fois de la sonnerie automatique dans les usages de l’ordre de Cîteaux (1120), qui prescrivent au sacristain de régler l’horloge de façon qu’elle sonne pour les matines. En 1314, Beaumont construit à Caen la première horloge publique à sonnerie. Au XIVe siècle, les horloges publiques et privées, devenues plus fiables, se voient dotées de nouveaux systèmes de sonnerie, non seulement, elle sonne l’heure, mais également le quart d’heure. Les premiers jacquemarts (automates frappant les cloches) sont mis en place. Les automates deviennent courants et les Valois les adorent. Ce sont des figurines métalliques, des petits hommes articulés ou des animaux mécaniques. La sonnerie devient courante dans les villes. A partir du XVIe siècle, l’horlogerie atteint un haut niveau. Les horloges domestiques se répandent. Des systèmes de roue de compte font sonner l’heure exacte. Les mécanismes de répétition dans certaines montres de luxe (sonnent l’heure sur demande) viennent compléter cette évolution. A la fin du XVIIIe siècle, les montres et les horloges peuvent même sonner la minute.
T
Tire-bouchon : Jusqu’au XVIIe siècle, le vin est surtout conservé en tonneaux. Les bouteilles sont rares et fragiles et les bouchons ne sont pas standardisés. Avec l’amélioration du verre, le bouchon en liège s’impose. Le premier tire-bouchon apparaît au XVIIe siècle. Il dérive du tire-balle, utilisé par les soldats pour retirer une balle coincée dans le canon du mousquet. C’est une tige en spirale. En 1795, le premier brevet de tire-bouchon est déposé en Angleterre par Samuel Henshall (né entre 1764 et 1765 – 1807). Il ajoute un disque entre la spirale et la poignée pour limiter l’enfoncement et améliorer l’extraction. Au XIXe siècle, avec la généralisation du vin en bouteille, le tire-bouchon se répand dans toutes les couches sociales. Dès la fin du XIXe siècle, certains tire-bouchons sont décorés.
Thermomètre : Vers 1592, Galilée (1564 – 1642) met au point un thermoscope. C’est un tube contenant de l’air et de l’eau qui montre les variations de température mais qui ne possède aucune graduation. Le premier thermomètre est inventé en 1654 par Ferdinand II de Médicis, grand-duc de Toscane, en Italie. C’est un tube en verre fermé, rempli d’un liquide qui monte selon la température. En 1724, Daniel Gabriel Fahrenheit (1686 – 1736) utilise le mercure et crée l’échelle Fahrenheit. En 1731, René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683 – 1757) crée l’échelle en degrés Réaumur (aujourd’hui disparue). En 1742, Anders Celsius (1701 – 1744) propose l’échelle centigrade (0 = congélation, 100 = ébullition de l’eau). La communauté scientifique va adopter sa proposition. Au XIXe siècle, le thermomètre médical apparaît. Il mesure la fièvre et devient un outil essentiel. Au XXe siècle, de nouvelles technologies voient le jour, les thermomètres électroniques, les capteurs thermiques, les thermomètres infrarouges sans contact. Quant au thermomètre à mercure, il est interdit à la vente en 1999. En effet, quand le tube cassait, le mercure se répandait et il était très toxique.