Elles ont souvent joué un rôle politique, culturel ou symbolique essentiel à la cour. Leur influence varie selon les époques, allant de la favorite officieuse à la quasi-reine parallèle. A certaines époques, être maîtresse royale pouvait apporter des richesses, des terres, des charges et un immense prestige.

Sous les Mérovingiens, pas de maîtresses spécifiques

Sous les Capétiens, pas de maîtresses spécifiques.

Charles VI : Odette de Champdivers
Charles VII : Agnès Sorel et Antoinette de Maignelais
Louis XI : Phélise Reynard ou Regnard

Sous les Valois d'Orléans, Louis XII n'a pas eu de maîtresse attitrée

François 1er : Françoise de Foix, Anne de Pisseleu, La Belle Ferronière, Marie Gaudin
Henri II : Diane de Poitiers
Charles IX : Marie Touchet
Henri III : Renée de Rieux

Henri IV : Charlotte de Sauve, Françoise de Montmorency-Fosseux, Diane d’Andoins, Gabrielle d’Estrées, Henriette d’Entragues, Charlotte des Essarts, Jacqueline de Bueil, Catherine Henriette de Balzac d’Entragues, Charlotte de Montmorency.
Louis XIV : Louise de la Vallière, Marie Mancini, Mme de Montespan, Catherine Bellier, Claude de Vin des Œillets, Anne de Rohan-Chabot, Mlle de Fontanges, Olympe Mancini, Catherine-Charlotte de Gramont, Mlle de Pons, Mlle de Ludres, Jeanne de Rouvroy.
Louis XV : Mme de Pompadour, Mme du Barry, Marie-Louise O’Murphy, la marquise de Mailly, la duchesse de Châteauroux, la duchesse de Lauraguais, Mme de Vintimille, Irène du Buisson de Longpré, Mme de Romans, Anne Couppé de la Coquerie, Lucie-Madeleine d’Estaing, Marguerite Catherine Haynault, Louise-Jeanne Tiercelin de La Colleterie, Françoise de Chalus.
Les maîtresses et les dynasties :
Les maîtresses et les dynasties :
Sous les Mérovingiens (481-768) :
Chez les mérovingiens, la frontière entre épouse, reine, concubine et maîtresse est floue. Les rois pratiquent volontiers la polygynie, ce qui brouille la notion même de « maîtresse ». Par exemple, Frédégonde a été la servante, puis la concubine de Chilpéric 1er et enfin son épouse. A cette époque, la maîtresse sert souvent un rôle dynastique, assurer une descendance nombreuse et renforcer des alliances familiales.
Sous les Carolingiens (768-987) :
Durant cette période, il y a moins de maîtresses connues, l’Église contrôle davantage la moralité. Le système est plus moraliste mais très masculin. Les carolingiens tentent d’encadrer la moralité royale, mais ce qui ne les empêchent pas d’avoir des liaisons « extra-conjugales »…
Sous les Capétiens (987-1328) :
Les capétiens cherchent à incarner une monarchie stable, chrétienne et contrôlée. Les maîtresses existent mais elles restent dans l’ombre. On peut citer cependant quelques cas où la concubine devient importante, Agnès de Méranie, maîtresse puis épouse contestée de Philippe Auguste ou Bertrade de Montfort, maîtresse de Philippe 1er, qui engendre un scandale majeur dénoncé par l’Église. Les maîtresses de cette dynastie, peu connues, exercent une influence politique très limitée par rapport aux époques suivantes.
Sous les Valois (1328-1589) :
C’est sous les Valois que la figure de la maîtresse royale devient institutionnalisée, presque un pilier de la vie de cour. Elles influencent arts, diplomatie, politique, finance, mécénat et parfois guerres.
Avec les Valois directs (1328-1498), Charles VI a pour maîtresse Odette de Champdivers, Charles VII officialise Agnès Sorel, la « Dame de Beauté » comme favorite, quant à Louis XI, plus discret aurait eu une maîtresse du nom de Phélise Regnard.
Sous les Valois d’Orléans (1498-1515), aucune maîtresse attestée pour Louis XII.
Sous les Valois d’Angoulême (1515-1589), en revanche, rare sont les rois qui n’ont pas une maîtresse. François 1er les collectionne, Françoise de Fois, Anne de Pisseleu, La Belle Ferronière, Marie Gaudin… ; Henri II ne peut vivre sans Diane de Poitiers ; Charles IX a pour maîtresse Marie Touchet ; Henri III aurait eu Renée de Rieux.
Sous les Bourbons (1589-1791) :
Avec les Bourbons, l’apogée des favorites oscillent entre politique et spectacle. Henri IV, au tempérament fougueux, cumule l’une des plus longues listes de maîtresses. Les principales sont Gabrielle d’Estrées, Henriette d’Entragues, Charlotte de Montmorency. On lui reconnaît officiellement plus de 70 liaisons, son secrétaire tenait un registre et déclarait qu’il fallait gérer les « hautes dépenses sentimentales » du roi. Un jour, Henri IV aperçoit une jeune femme dans la rue, demande son nom… et l’anoblit le jour même. Louis XIII est un roi sage. Louis XIV, en revanche, compensera. C’est le siècle des favorites. Les plus connues sont Louise de La Vallière, Mme de Montespan, Marie Mancini, Olympe Mancini. Il utilise des passages dérobés pour se rendre chez ses favorites. Des valets très discrets sont chargés d’éclairer, d’escorter et de veiller à ce que personne ne surprenne le souverain. Louis XV ne sera pas en reste. Tout comme son aïeul, il collectionne les favorites dont les plus célèbres sont Mme de Pompadour, Mme du Barry, Marie-Louise O’Murphy, la marquise de Mailly, la duchesse de Châteauroux… Mme de Pompadour organise même pour le roi des rencontres au parc aux cerfs pour favoriser ses amours clandestines. Le parc aux cerfs étaient un quartier de Versailles correspondant aujourd’hui au quartier de Saint-Louis. Par la suite, l’expression « parc aux cerfs » désignera un lupanars. Louis XVI n’a pas maîtresse.
Le rôle des maîtresses :
Le rôle des maîtresses :
Les maîtresses et la politique :
Certaines favorites influencent les décisions royales, le « pouvoir derrière le trône ». Agnès Sorel encourage la reconquête contre les Anglais ; Diane de Poitiers contrôle les finances, les ambassadeurs et même certains ministres, Mme de Pompadour négocie la réconciliation France-Autriche, en renversant des alliances de 1756, Gabrielle d’Estrées participe activement à la pacification du royaume de France, en conseillant l’Edit de Nantes.
Les maîtresses et le mécénat :
Les favorites jouent un rôle énorme dans les arts, la mode, la littérature. Henri II fait construire le château d’Anet pour Diane de Poitiers, Mme de Montespan est un grand mécène pour la littérature, Mme de Pompadour a fait construire la manufacture de Sèvres.
Elles protègent également de nombreux artistes littéraires, peintres, sculpteurs…
Les maîtresses et la mode :
Certaines maîtresses ont lancé de vraies révolutions vestimentaires. Agnès Sorel se distingue avec son décolleté extrême, Diane de Poitiers impose le noir et le blanc, Mme de Pompadour donne son nom à une coupe de cheveux et à une rose.
Le budget des maîtresses :
Le budget des maîtresses :
En ce qui concerne les Mérovingiens et les Carolingiens, il n’y a pas de budget pour les favorites ou maîtresses, vu qu’elles n’ont pas de reconnaissance particulière.
A partir des Valois et jusqu’au Bourbon, en revanche, la maîtresse officielle coûte énormément au roi. Ce budget dépend du rang et de la générosité du roi. Tout d’abord, elle touche une rente annuelle pouvant aller de 200 000 à 500 000 livres par an (soit 100 à 200 fois le salaire d’un artisan qualifié). Ensuite viennent les logements et châteaux, Gabrielle d’Estrées reçoit plusieurs hôtels particuliers et domaines, Diane de Poitiers, Chenonceau et Anet, Mme de Pompadour, Choisy, Bellevue… Ensuite, elles reçoivent des bijoux (perles, diamants, bagues, parures) et des objets précieux (éventails, portraits miniatures enchâssés). Un collier peut valoir 15 000 livres et un grand diamant 50 000. A cela s’ajoute les toilettes, une favorite a trois à quatre robes neuves par semaine, avec les chaussures et les accessoires. Sans oublier, l’entourage des favorites qui bénéficient de la générosité du roi pour acquérir des titres, des postes de haute fonction et des avantages en nature. Une favorite vieillissante reçoit une pension à vie, certes elle est moins élevée mais elle varie entre 20 000 et 80 000 livres. Par exemple, Mme de Montespan touche l’équivalent de plus de 10 millions d’euros modernes en avantages cumulés.
Dans le secret des maîtresses :
Dans le secret des maîtresses :
En ce qui concerne les secrets de leur beauté, chaque favorite cultive un style personnel. Durant le moyen-âge, les parfums sont l’eau de rose, l’huile de violette, le musc, le jasmin et les résines brûlées. Sous Louis XIV, les favorites raffolent de parfums animaliers très forts, la civette, l’ambre gris, le musc, les fleurs d’oranger. Avec Louis XV et Louis XVI, les parfums deviennent plus délicats, la bergamote, la verveine, l’iris, l’essence de lavande…
L’alimentation des maîtresses est très observée, elles se doivent de rester belle, mince et jeune. Elles doivent afficher une élégance irréprochable jusque dans leur assiette. Pourtant, les habitudes varient selon les époques.
De l’époque Mérovingienne aux Valois, on retrouve beaucoup de pain blanc (produit de luxe), des viandes rôties, des fruits secs, des épices rares, des poissons fins, des vins épicés. Avec les Bourbons, la cuisine devient une arme de séduction. Mme de Montespan et Mme de Pompadour raffolent de truffes, asperges, chocolats chauds. Devant rester, somme toute, relativement mince, elles se nourrissent de soupes légères, de volailles blanches…
Durant l’époque mérovingienne, les femmes, qu’elles soient reines ou concubines, ont les cheveux très longs, parfois tressés en plusieurs cordons, leurs tuniques sont longues à manches étroites. Leurs accessoires sont des fibules, des anneaux d’oreilles, des barrettes métalliques, des colliers, des ceintures métalliques ornées. Elle se farde avec du khôl à base de suie ou galène, et elles mettent de la graisse avec des plantes locales (romarin, sauge, miel) sur la peau. Comme onguent de beauté magique, elles font des décoctions de cendres de rose, de poudre d’escargot, de graisse de poule et de lait de chèvre fermenté.
Pour les carolingiennes, la mode est sobre. Elles portent des robes de laine épaisse et de couleurs sobres, souvent un voile, et ont des bijoux minimalistes (croix, petites broches, anneaux simples). Peu de cosmétique, l’église la condamne.
Sous les capétiens, bien que les rois aient peu de favorite publique, la mode féminine évolue. Les robes sont ajustées sur le buste, les manches sont longues, la ceinture haute marque la poitrine. C’est le début du corsage lacé. Pour accessoire, elle porte des chapeaux simples (coiffe souple), des voiles courts, des broderies, des bijoux (anneaux, broches en filigrane). Le teint doit être pâle. Pour cela, elle concocte une potion avec de la farine, de l’eau ou blanc de céruse très léger). La chevelure éclaircie au soleil est coiffée en boucles souples.
A partir des Valois, la mode devient extravagante. C’est la mode des robes ampoulées (c’est-à-dire gonflées) avec les manches traînantes. Les hennins font leur apparition avec des voiles flottants. Les ornements sont précieux (brocart, velours, perles). La peau se doit de rester blanche, utilisation de l’oxyde de plomb. Le front doit être très haut, pour cela, les femmes s’épilent la naissance des cheveux. Les sourcils sont très fins voire rasés. Les lèvres sont légèrement rougies avec de la cochenille ou de la fraise. A partir de François 1er, les décolletés deviennent carrés, les jupes en forme de cloche, le corset baleiné se généralise, les coiffures sont architecturées et les perruques parfumées.
Sous les Bourbons et afin de rester belle et attirante, la maîtresse a des secrets et utilise des potions, des poudres et beaucoup de stratégie. Elles doivent incarner la jeunesse éternelle, parfois tromper l’âge, séduire le roi et survivre dans un monde de rivalités. La beauté est une arme politique. Ainsi, Diane de Poitiers, qui à 50 ans et qui en paraît 25, prend des bains glacés pour tonifier la peau, fait beaucoup de sport et prend des infusions de pissenlit, d’ortie blanche, de fenouil (pour purifier le sang). Mme de La Vallière préfère les bains au lait d’amande. Mme de Pompadour utilise l’eau d’ange (eau distillée d’alcool avec du benjoin). Mme du Barry se prélasse dans des bains au lait d’ânesse et se sert d’une lotion éclaircissante au cognac et au citron. Les robes sont de plus en plus volumineuses ainsi que les coiffures.
Pour le maquillage, deux couleurs prédominent, le blanc et le rouge, le blanc pour le visage et le décolleté, le second pour les joues et les lèvres. Pour une peau blanche, elles utilisent la céruse (carbonate de plomb), le blanc d’Espagne, la fécule de riz et la poudre d’iris. Mme de Montespan a sa propre composition, poudre d’iris, talc, céruse très fine et parfum léger de violette. Mme de Pompadour préfère les poudres sans plomb, plus douces. Le rouge s’obtient avec le vermillon (mercure et souffre), la cochenille (rouge naturel provenant d’un insecte), le fard végétal (betterave, bois de Brésil). Mme du Barry met le rouge à la cochenille et ses lèvres sont légèrement teintées au baume de Tolède.
Une autre mode est apparue sous les Bourbons, celle des mouches. Code secret de séduction, ce petit morceau de taffetas noirs est collé sur la peau. Il a une signification en fonction de l’endroit où on le dépose, près de la bouche, la passionnée ; près de l’œil, la galante ; sur le milieu du front, la majestueuse ; sur la joue, la coquette… Mme de Montespan en utilise au moins cinq régulièrement, pour cacher des imperfections dues à la céruse.
Au XVIIe siècle, les cheveux sont ondulés et parfumés, on y ajoute du vinaigre de rose pour les faire briller. Au XVIIIe siècle, c’est l’ère des coiffures hautes. Elles sont poudrées avec du talc ou de la « poudre de Chypre » (mousse de chêne et civette). Mme de Pompadour laisse son nom à une coiffure la « pompadou », qui est une coiffure haute mais élégante. Pour conserver ses cheveux, elles font des cataplasmes à base d’œufs, miel ou fleurs.
Les secrets pour attirer le roi dans ses filets, potions magiques, filtres d’amour et sorcellerie :
Les cours mérovingiennes sont remplies d’accusations de magie, de philtres amoureux et de lotions mystiques. Les « sagas » (sorcières) préparent des mixtures composées de plantes vénéneuses (belladone, jusquiame, datura), de sang menstruel séché, de graisse animale et de baies fermentées. Ces potions sont censées « attacher le cœur du roi », le rendre docile et provoquer le désir ou la dépendance. Certaines maîtresses cherchent à donner un héritier à la couronne. Comme élixir de fécondité, elles consomment des décoctions d’armoise, du vin mélangé à de la corne de cerf pilée, de la résine de pin chauffée et du miel divinisé.
Sous les Carolingiens, les maîtresses recourent davantage à la médecine savante, très influencée par les monastères. La potion « aphrodisiaque » réputée se compose d’hydromel aux épices, de gingembre confit, de galanga et de poivre noir (très coûteux à l’époque).
Avec les Capétiens, les favorites utilisent des remèdes plus raffinés. Il existe une potion, appelée « poudre de mariage », censée attirer un homme, qui se compose de cannelle, de clou de girofle, de fève tonka, de miel et de vin doux.
Avec les Valois, on entre dans l’ère des poisons. Comme aphrodisiaque, les maîtresses utilisent des pastilles d’ambre gris, du chocolat aux épices, des confits de gingembre et des poudres de cantharide, surnommé la mouche espagnole (insecte coléoptère vert doré et brillant). Cette dernière a un effet stimulant mais peut causer des lésions rénales.
Les favorites, sous les Bourbons, utilise un élixir de vigueur, élaboré à partir de vin généreusement sucré, d’eau de vie, d’ambre gris, de vanille et de cannelle. Durant l’affaire des poisons, Mme de Montespan aurait utilisé du bézoard, du sang d’animal, des poudres de momie, des poudres soporifiques, des philtres d’amour… Aussi connu, le « philtre d’Espagne », il se compose d’ambre gris, de musc, de vin très épicé, de sucre et d’aromates rares. Il est censé rendre l’homme ardent et attaché. Le « Tirage d’Amour », c’est un mélange de superstition et de sensualité, on y mêle les prières, les rubans parfumés, les mèches de cheveux et l’encens.
Les lieux des maîtresses, châteaux, appartements :
Les lieux des maîtresses, châteaux, appartements :
Les maîtresses royales, de l’époque mérovingienne aux Bourbons, ne vivaient pas seulement dans la chambre du roi. Leur existence était architecturée autour de résidences somptueuses, de logements privés et parfois de refuges discrets, offerts ou tolérés par les rois.
Avant les Valois, il n’existe pas encore de « favorite officielle », les rois donnent plutôt des domaines ruraux, des terres (souvent retirées après leur disgrâce), des maisons proches du palais, des rentes. Les lieux sont peu monumentaux.
Avec les Valois, la favorite devient un personnage public. On lui offre des lieux qui matérialisent son influence, Diane de Poitiers reçoit le château d’Anet, Françoise de Foix, celui de Châteaubriant, Anne de Pisseleu, un hôtel particulier à Paris, des domaines en Touraine, des appartements au Louvre et à Fontainebleau.
Avec Louis XIV, la favorite devient une figure institutionnelle. Elle vit au cœur même de l’État. Elles bénéficient d’appartements à Versailles, en général près de ceux du roi. Mme de Montespan reçoit entre-autres, le château de Clagny. Mme de Pompadour possède un véritable empire immobilier. Elle a plusieurs « logements en portefeuille » qu’elle échange selon sa santé, les niveaux de chaleur, les activités artistiques. Louis XV lui donne le château de Bellevue, Choisy, Celle….
Les lieux des maîtresses répondent à trois logiques, la proximité avec le roi, les lieux de retraite et les lieux de plaisir et de fêtes.
La guerre des maîtresses : rivalités, jalousies et scandales :
La guerre des maîtresses : rivalités, jalousies et scandales :
Pendant des siècles, les favorites royales ont été bien plus que des maîtresses. Elles étaient des actrices de pouvoir, des enjeux diplomatiques, des influenceuses avant l’heure. Et lorsque deux femmes prétendaient au cœur du même roi, la cour devenait un théâtre où se jouaient intrigues, coups bas et stratégies dignes des romans. Ces guerres féminines ne sont jamais de simples histoires de cœur, elles sont des duels politiques mettant en jeu les alliances, les finances, les artistes et écrivains, l’image du roi et parfois le destin du royaume.
Les cours royales sont des champs de bataille féminins :
Mme de Montespan contre Mme de La Vallière ; Quand Louis XIV rencontre Louise de La Vallière, la jeune femme est timide, sincère, presque naïve. Le roi l’aime d’un amour tendre. Mais un jour, à la cour brillent les yeux noirs et le verbe éclatant de Madame de Montespan, véritable tempête d’esprit, de beauté et d’autorité. Louise, douce et effacée, ne peut lutter contre cette aristocrate flamboyante. Mme de Montespan, elle, ne supporte pas d’être seconde. Bientôt, la cour entière observe une guerre silencieuse. Louise pleure dans les couloirs, fuyant les dîners. Mme de Montespan multiplie les piques, les humiliations monétaires, les éclats d’esprit. Le roi, séduit par les deux, maintient un ménage à trois étonnant. Le moment le plus cruel survient lorsqu’on ordonne à La Vallière d’être dame d’honneur de Athénaïs de Montespan, c’est-à-dire sa servante de protocole. Louise s’exécute, brisée. Mme de Montespan triomphe. Mais sa victoire est fragile : quelques années plus tard, éclaboussée par l’Affaire des Poisons, c’est elle qui perd la faveur du roi. Louise, elle, part au couvent et Louis XIV dira que « c’est la seule femme qu’il n’ait jamais aimée ».
Anne de Pisseleu contre Diane de Poitiers ; Sous François Ier, la scène est occupée par Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes : érudite, brillante, protectrice des humanistes. Elle règne sur la cour comme une muse politique. Mais lorsque François Ier meurt et qu’Henri II monte sur le trône, une nouvelle étoile surgit : Diane de Poitiers, sa mentor devenue maîtresse. Diane a presque 20 ans de plus que le roi, mais son intelligence, sa beauté mûre et son sens aigu des symboles (la lune, l’arc, la chasse) hypnotisent Henri. Alors commence une véritable guerre stylistique et politique. La duchesse d’Étampes tente de conserver sa place en contrôlant les finances du défunt roi. Elle réunit autour d’elle les lettrés, les ambassadeurs, les anciens conseillers. Elle mène une campagne d’influence contre Diane, dénonçant son âge, son emprise sur Henri II. En retour, Diane impose le noir et blanc, ses couleurs emblématiques. Elle retire progressivement les alliés d’Étampes. Elle fait restaurer Chenonceau, devenu un symbole éclatant de sa puissance. Le jour où Henri II accède officiellement au pouvoir, Diane s’avance et ordonne à Anne de Pisseleu de rendre les bijoux et cadeaux royaux, qu’elle obtient aussitôt de force. La duchesse est exilée. La favorite des Valois triomphe jusqu’à la mort d’Henri II, où Catherine de Médicis, enfin libre, l’expulse à son tour avec une vengeance froide.
Mme Du Barry contre Marie-Antoinette ; une haine glaciale sous les dorures. Le dernier grand duel de l’Ancien Régime est le plus célèbre. Madame du Barry, ancienne femme entretenue, devient favorite de Louis XV. Elle incarne le luxe, les bijoux, les fêtes, les murmures scandaleux. Le roi l’adore. Arrive alors la jeune Marie-Antoinette, à peine 14 ans, future reine de France. Elle découvre la Du Barry avec horreur : pour elle, c’est une intruse immorale, une femme sans naissance occupant une place réservée à une reine. La guerre froide commence immédiatement. Mme Du Barry veut être reconnue par la dauphine, conserver le pouvoir qu’elle tient du roi, humilier l’aristocratie qui la méprise. Marie-Antoinette, quant à elle, veut éviter toute relation avec la favorite, protéger son image, affirmer son rang. Pendant plus d’un an, la dauphine refuse de lui adresser la moindre parole.
La cour retient son souffle : la tension est telle qu’elle provoque une crise diplomatique avec l’Autriche. Sous pression de sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse, Marie-Antoinette cède enfin. Elle prononce une phrase glaciale à Du Barry « Il y a bien du monde aujourd’hui à Versailles. » Du Barry triomphe mais pour peu de temps. À la mort de Louis XV, elle est chassée en quelques heures. Marie-Antoinette devient reine mais ce premier affrontement annonce déjà la violence sociale qui la retrouvera quelques années plus tard.
Les affaires et scandales :
Les favorites des rois de France ne vivent pas seulement dans les parfums et les velours, leur proximité avec le pouvoir les exposent aux intrigues, aux haines et parfois à des affaires d’État.
L’affaire des poisons. Vers 1679, Paris bruisse de rumeurs. On parle de poudres étranges, de messes noires, de potions d’amour et de parfums mortels.
La découverte d’un vaste réseau d’empoisonneurs, de magiciennes, d’alchimistes, de devins plonge la cour de Louis XIV dans la stupeur. Au cœur de cette tempête : Madame de Montespan, la plus brillante et ambitieuse des favorites. Selon les témoignages arrachés sous la torture, Mme de Montespan aurait consulté La Voisin, empoisonneuse professionnelle. Elle aurait participé à des rituels pour conserver l’amour du roi. On évoque des messes noires, des sacrifices d’animaux, des philtres. Louis XIV lit ces dépositions. Il devient livide. Le scandale est énorme et le roi écarte discrètement Mme de Montespan, étouffe l’affaire en accélérant les procès, détruit des dossiers entiers. Mme de Montespan vivra encore longtemps à la cour, mais comme une étoile déchue. L’ombre du scandale ne l’abandonnera jamais.
La mort mystérieuse d’Agnès Sorel (mercure ? assassinat ? médecine ?) : Agnès Sorel, première favorite « officielle » de France, illumine le règne de Charles VII. Sa beauté est célébrée de Chinon à Bourges, son influence est immense, et le roi l’adore. Mais soudain, en 1450, à 28 ans, elle tombe malade, très malade. Elle meurt en quelques jours, enceinte de son quatrième enfant. Pendant cinq siècles, la question plane : de quoi ? Trois hypothèses, la première, l’empoisonnement volontaire a été longtemps évoqué, certains suspects ont été pointés, des courtisans jaloux, des conseillers du roi hostiles à son influence, voire Louis XI, futur roi, qui aurait détesté Sorel. La seconde, on soigne tout avec de la poudre de perle, des élixirs à base de métaux, et surtout du mercure administré pour traiter les infections. En 2005, des analyses sur son crâne ont révélé une dose de mercure très élevée, compatible avec un traitement ou un empoisonnement. Et enfin, la troisième, elle est peut-être morte d’une infection post-partum. Sa grossesse avancée, ses déplacements en hiver, un accouchement récent pourraient expliquer une infection fulgurante. La vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais la mort d’Agnès Sorel reste l’un des grands mystères médicaux et politiques du XVe siècle.
Le murage de Françoise de Foix (légende noire) : Françoise de Foix, première maîtresse de François Ier, est belle, cultivée et douce. Le roi l’admire, la reine la tolère, et la cour la respecte. Puis, vers 1525, tout s’assombrit. François 1er est emprisonné en Espagne par Charles Quint, la reine en profite pour chasser Françoise qui doit retourner en Bretagne, au château de Châteaubriant, avec son mari Jean de Laval, que l’on dit ombrageux. La rumeur se répand, elle aurait été enfermée vivante par son mari jaloux, murée dans sa chambre jusqu’à la mort. Cette version sombre, qui apparaît dès le XVIe siècle, nourrit l’imaginaire pendant des siècles. Le roi, furieux, aurait puni discrètement Jean de Laval. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Elle est effectivement morte jeune, brusquement, mais les registres évoquent plutôt une hémorragie ou une maladie.
Certaines ont été victimes, d’autres suspectes, d’autres encore manipulées par leur entourage.
Mais toutes ont laissé une trace forte dans la mémoire française.
Les enfants illégitimes des maîtresses :
Les enfants illégitimes des maîtresses :
Les maîtresses donnent souvent naissance à des enfants qui auront des titres, des duchés, des rôles militaires, religieux ou diplomatiques. Nés dans l’ombre mais liés au sang royal, les enfants illégitimes des rois ont longtemps vécu entre privilèges immenses et interdits stricts. Leur destin dépendait de la volonté du roi, de la position de leur mère, de la jalousie de la reine, et de l’équilibre politique du royaume. Leur histoire est celle d’une légitimité impossible, mais d’un pouvoir parfois très réel.
Les enfants naturels des rois peuvent vivre dans le luxe, la sécurité et recevoir une éducation raffinée mais aussi vivre dans l’ombre, dans la suspicion, sans droit à la couronne et parfois sous un regard hostile. Leur destin est celui d’une quasi-royauté impossible entre gloire et frustration.
Avec les Mérovingiens et les Carolingiens, c’est la confusion des lignages. Dans les premiers siècles, les rois franciques ont tant de concubines et d’épouses secondaires qu’il est difficile de distinguer les enfants « légitimes » des autres. La polygynie tolérée chez les élites, l’héritage du trône des enfants de concubine, et la reconnaissance par le roi de leur légitimité à la succession caractérisent cette période.
A partir des Capétiens, la séparation est stricte entre héritiers et « bâtards ». Seul l’enfant né d’un mariage religieux peut hériter du trône. Les bâtards deviennent alors des outils politiques, jamais des successeurs. Ils reçoivent une éducation noble (maîtres, écuyers, arts chevaleresque), on leur attribue un domaine modeste, ils peuvent avoir des titres mineurs (baronnies, seigneuries), ou encore rentrer en religion (évêques, abbés). En revanche, il leur est interdit d’accéder au trône, de contracter une alliance matrimoniale trop prestigieuse (mariage avec une princesse étrangère) ou encore de froisser la reine.
Sous les Valois, les bâtards deviennent des princes de cour. Les enfants illégitimes restent exclus du trône mais peuvent devenir diplomates, militaires. Ils sont proches du roi. Ils deviennent des instruments du pouvoir pour la maîtresse royale. Les rois leur donnent volontiers des titres de duc ou de comte, des gouvernorats de province, des charges militaires (amiral, maréchal) et ils peuvent même accéder à la haute noblesse.
Sous les Bourbons, avec Louis XIV, les enfants naturels deviennent une catégorie officielle. Ils reçoivent les titres de duc, des apanages, des fortunes immenses, des mariages prestigieux, un rang protocolaire presque princier. Ils vivent dans des palais, entourés d’une cour et éduqués comme des princes. Louis XIV tente même d’imposer la succession possible de ses bâtards masculins après les princes de sang, un projet qui scandalise toute l’Europe. Louis XV reconnait peu ses bâtards, ils sont élevés soit dans des couvents, soit dans des collèges royaux, soit dans des pensions secrètes. Ses deux grandes maîtresses Mme de Pompadour et Mme du Barry ne lui donnent pas d’enfants, ses bâtards viennent surtout d’aventures non officielles.
En général, ils reçoivent une éducation de la haute noblesse, escrime, langues, danse, musique, art militaire, théologie. Ils sont préparés à servir l’État, mais jamais à gouverner. Ils vivent dans des hôtels particuliers à Paris, des appartements à Versailles, des châteaux secondaires. Ils touchent des pensions annuelles très élevées, des domaines, des rentes à vie, des patrimoines transmis par le roi ou la favorite. Ils épousent des femmes de grandes familles nobles, des héritières riches, des membres importants de la cour. Les unions arrangées servent à renforcer des factions. Mais être enfant illégitime du roi signifie aussi rencontrer des complots, des jalousies et des disgrâces. Beaucoup connaissent les tentatives d’empoisonnement, les mariages forcés, l’exil. Par exemple, lorsque le duc du Maine, bâtard de Louis XIV et de Mme de Montespan, complote contre le Régent, Philippe d’Orléans après 1715, il échoue, il est arrêté, humilié puis libéré.
Après la Révolution, c’est la fin des « bâtards royaux ». La chute des monarchies absolues met fin à cette catégorie juridique, plus de légitimation royale, plus d’apanage, plus de titres transmis gratuitement. Les enfants illégitimes des futurs rois (Louis XVIII et Charles X) ne jouissent plus d’un statut institutionnel.
Et Monaco ?
Et Monaco ?
Les archives monégasques sont particulièrement incomplètes et peu documentées sur ce sujet. Les princes de Monaco n’ont pas entretenu des listes officielles de maîtresses. Seules certaines relations extraconjugales notables sont connues. Antoine 1er aurait eu comme maîtresse Angélique de Montauban ou de Grimaldi, Éléonore de Galéan (famille des comtes de Vintimille), Louise Boyer (dame d’honneur de la cour). Honoré II, séparé de son épouse Catherine Brignole, se serait consolé, entre-autres, auprès d’Anna Balbi (célèbre salonnière génoise) et Thérèse de Choiseul.
Petit divertissement :
Petit divertissement :
Un jour qu’il se livre à l’un de ses plaisirs favoris — jouer et danser sur scène — il choisit cette occasion pour signifier à Louise de La Vallière que sa place auprès de lui est perdue. La duchesse, devenue sa maîtresse à dix-sept ans et mère de quatre de ses enfants, ignore encore que le roi s’est laissé séduire par la belle Athénaïs, la redoutable marquise de Montespan.
Louis XIV fait donc monter un spectacle à Saint-Germain : le Ballet des Muses. À sa demande, Benserade compose quelques vers soigneusement intentionnés, les rôles sont distribués, et le roi, déguisé en berger, peut jouer sa scène. Après une danse élégante et très applaudie, il s’arrête devant Louise, qui ne se doute de rien, et lui déclame les vers en la fixant droit dans les yeux, sous les rires complices du public.
Ne pensez pas que je veuille, en ce jour,
Vous cajoler, ni vous parler d’amour.
Je sais qu’il est dangereux de le faire,
Et je craindrais plutôt votre colère ;
D’autres que moi s’en acquitteront mieux.
Je baise ici vos mains et vos beaux yeux,
Et ne eux point d’un joug comme le vôtre.
Je vous le dis tout franc : j’en aime une autre.
La malheureuse, accablée de chagrin et de honte, comprend alors que tout est fini. Bientôt, elle n’aura plus d’autre refuge que le couvent…
Pourtant, une fois, une jeune femme sut lui tenir tête. Alors qu’il déclarait sa flamme avec ardeur à la ravissante Louise Françoise de Mailly, marquise de Listenois, celle-ci s’amusa à jouer les ingénues :
— Sire, comment se fait-il que je ne comprenne pas un mot de ce que vous me dites ? Sans doute faut-il être reine pour saisir le langage des rois ! Si Votre Majesté le permet, je demanderai à la reine ce que cela signifie…
On devine que le roi préféra ne pas poursuivre davantage !
